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CDER Infos n°186

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Economie

SOMMAIRE

 

Dark Pools, Flash Orders et Transactions à Haute Fréquence : les nouveaux avatars de la finance

Les pouvoirs publics ont joué un rôle important dans la crise récente en sauvant le système financier et en reprenant à leur compte un énorme endettement.
Ce transfert de dettes privées vers les états (et in fine sur le contribuable) aurait pu s’accompagner d’exigences accrues des pouvoirs publics en matière de régulation.
Cette opportunité a été manquée et l’imagination débordante des financiers revient au galop, avec de nouveaux outils spéculatifs qui risquent à nouveau de plonger la finance mondiale dans le chaos.

Pendant que les discussions sur la régulation de la finance s’enlisent, la spéculation est repartie de plus belle et les financiers disposent désormais de deux nouveaux outils pour spéculer : "les Transactions à Hautes Fréquences" et les "Flash Orders".
Le premier consiste à tirer parti des écarts minimes existants sur les valeurs cotées sur différentes plateformes électroniques. Grâce à des programmes automatiques conçus pour des ordinateurs hyperpuissants, des ordres d’achat ou de vente peuvent être passés dans des temps records (de l’ordre de la milliseconde). Selon Yves Eudes (1), ces "super-ordinateurs… peuvent détecter le cours plafond fixé par un acheteur. Aussitôt, ils raflent les actions disponibles avant que l’acheteur ait eu le temps d’agir et lui revendent plus cher, généralement au cours maximal".
Le second permet à "des clients privilégiés de consulter les ordres portant sur des titres, une fraction de seconde avant qu’ils soient rendus publics ; ce qui leur assure un avantage décisif (2)".

Le tableau ne serait pas complet sans les plateformes de négociation spéciales, qui permettent aux participants de s’échanger de larges blocs d’actions en toute confidentialité jusqu’à leur exécution. On les appelle les "Dark Pools".

Cette prolifération de nouveaux outils démontre que les financiers ont toujours un train d’avance par rapport aux autorités politiques censées les contrôler pour le bien de la collectivité. Alors que la spéculation sur les crédits dérivés a plongé la finance dans l’abîme, les leçons de cette crise n’ont pas été tirées et les financiers restent inconscients des risques qu’ils font courir à leur établissement et au reste de la société.

Les autorités ont bien tenté de reprendre la main, en imposant des règles plus strictes aux financiers avec de belles intentions affichées lors de la première réunion du G20 en avril 2009 à Londres. Mais depuis, le soufflé est retombé et l’occasion de réformer en profondeur le système financier pour le mettre réellement au service de l’économie est passée. Les tentatives récentes et non coordonnées entre les états se heurtent au puissant lobbying des établissements financiers, premiers soutiens financiers des partis politiques au pouvoir en Europe et Outre Atlantique.

Pour finir, sans être naïf sur le sujet, il convient d’intégrer le fait que l’épargne mondiale actuelle est de deux fois le montant du PIB mondial, alors qu’en 1990, ce stock d’épargne ne représentait qu’une fois le montant du PIB mondial. On comprend dès lors aisément pourquoi les financiers ont réellement pris le pouvoir.

 

Didier LEURQUIN

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