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CDER Infos n°186

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Economie

SOMMAIRE

 

Serrer la vis sur ses coûts de mécanisation

Après l’euphorie 2007-2008, l’année 2009 a montré la vulnérabilité des exploitations dans un contexte économique difficile.
Les exploitants agricoles n’ont pas d’autre alternative que de réagir. Des marges de manoeuvre importantes existent dans nos régions, notamment sur la mécanisation.

Face au découplage des aides 2010, aux prochaines échéances de négociation de la PAC en 2013, et à la variabilité des prix qui continue à s'exprimer par le bas dans presque toutes les productions, les agriculteurs doivent réagir. Pour cela, ils disposent d'un panel de possibilités à retenir selon leurs envies, leurs moyens financiers, leur disponibilité de main-d’oeuvre… Citons : la diversification, l'agrandissement, la pluriactivité… Mais avec un poids d’environ 40 % des charges de structure, les coûts de mécanisation sont incontournables.

Mécanisation : des marges de manoeuvre importantes

Les écarts de coût de mécanisation entre les exploitations sont impressionnants : dans un même système, dans une même région, ils varient du simple au double.
Prenons le cas des exploitations non diversifiées de Champagne Crayeuse. Ces exploitations ont un assolement de type COP + luzerne + betteraves. Elles n'ont pas d'élevage, pas de cultures industrielles et pas d'activités diverses. Ces exploitations sont donc strictement comparables les unes aux autres dans une région homogène. Pourtant 25 % des exploitations de ce groupe atteignent un coût de mécanisation de 218 €/ha, tandis que 25 % des exploitations de ce même groupe ont un coût moyen de 478 €/ha, soit un écart de 260 €/ha. Cet écart est quasiment identique quelle que soit la région et quel que soit le système de culture.

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Les coûts élevés de mécanisation ne génèrent pas de gains de rendement

Des coûts élevés de mécanisation pourraient se justifier s’ils apportaient de la productivité supplémentaire, grâce à du matériel plus performant et des interventions à des périodes plus optimales. Il n'en est rien. Les rendements sont identiques, quel que soit l'équipement de l'exploitant.

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L'impact sur le revenu est donc sévère

L'écart de coût de mécanisation se répercute quasiment en totalité sur le revenu agricole. Cela ne pose pas de problème lorsque les revenus sont élevés comme 2007. Par contre, cela crée des difficultés de trésorerie les années à faible revenu comme 2009 : les annuités d'emprunt représentent 37 % de l'EBE chez les exploitants à faible coût de mécanisation contre plus de 70 % chez les exploitants dont le coût de mécanisation est élevé.

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Les leviers d'action sont multiples

La composition du coût de mécanisation montre que c'est au moment du renouvellement qu'il faut se poser les bonnes questions pour réduire ses coûts. En effet, l'amortissement représente plus de 40 % du coût global. La hausse du coût de mécanisation est donc essentiellement le fait des amortissements. C’est bien la politique de renouvellement qui se trouve sur la sellette.
On peut identifier trois grandes stratégies de baisse de coût lors du renouvellement :

1. La stratégie de l'investissement modéré, par exemple en achetant du matériel d'occasion,

2. La stratégie de l'utilisation intensive du matériel. Elle peut être mise en oeuvre par deux voies :

- Le vieillissement de son matériel
Une stratégie efficace qui comporte toutefois quelques inconvénients : risques de panne plus importants, matériel obsolescent et non adapté…

- L’augmentation du nombre d'heures annuel d'utilisation du matériel
Cette stratégie permet de réduire le coût horaire du matériel. Ainsi, chez les plus performants, un tracteur réalise 800 heures par an, alors que la moyenne régionale se situe entre 400 et 450 heures par an. L'écart de coût s'élève dans ce cas à plus de 6 €/h. Faire des heures avec son matériel nécessite de la surface ou un tracteur moins puissant... Soit la taille de l'exploitation permet cette utilisation intensive, soit elle ne le permet pas. Dans ce cas, il faut utiliser son matériel au-delà de sa propre exploitation : prestation de service, partage du matériel, copropriété… Cette stratégie permet de contenir les coûts de mécanisation sans se priver de renouvellement régulier du matériel. C’est la seule qui permet d’utiliser du matériel récent et moderne pour un coût limité.

3. La stratégie de délégation de certains travauxà un prestataire

Beaucoup d’exploitations n’ont pas la taille suffisante pour amortir correctement certains matériels. Si l’achat commun n’est pas possible, il faut alors se poser la question de l’appel à un prestataire extérieur plus compétitif. Ainsi, de nombreuses exploitations de la région équipées de moissonneuses-batteuses ont un coût de récolte nettement supérieur au prix demandé par une entreprise de travaux agricoles. La question devra être posée lors du renouvellement : qu'ai-je à gagner et qu'ai-je à perdre en déléguant ma moisson à un prestataire ?

Se fixer un objectif de coût de mécanisation inférieur à 300 €/ha pour une exploitation non diversifiée devient absolument nécessaire pour être économiquement plus résistant aux aléas climatiques et économiques. C'est possible, les marges de manoeuvre le permettent à condition d'y réfléchir et d'accepter quelques concessions.
à chacun de trouver son chemin parmi les nombreuses solutions. Il dépend de ses objectifs, de la taille de son exploitation, de sa main-d'oeuvre disponible, de son environnement… et de sa propre volonté !

Jean-Marie LETT

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