De même que des visites médicales ponctuent notre vie de personne physique, nos sociétés agricoles ou viticoles ont besoin d’une valorisation lors de nombreux événements qui jalonnent leur existence.
La valeur de la part sociale
apparaît dès la naissance
d’une société. Elle s'appelle
alors "valeur nominale" et sert de
diviseur au montant des apports en
capital pour déterminer le nombre
de parts sociales attribuées à
chaque associé. Ce chiffrage est
porté dans les statuts constitutifs
de la société. Le montant du capital
social figure ensuite, de façon
invariable, au passif de chacun des
bilans comptables annuels.
Et pourtant, chaque société va
s'appauvrir ou s'enrichir au cours
de sa vie sociale, selon ses échecs
ou ses réussites économiques et le
niveau de distribution du résultat
aux associés. Des écarts d'évaluation
vont se créer au fil du temps
entre la valeur nette comptable de
ses actifs et leur valeur extracomptable
de marché encore appelée
"valeur vénale".
Bien entendu, sauf à satisfaire la
curiosité des associés, il est inutile
lors de chaque bilan annuel de
procéder à la détermination de la
valeur vénale des parts. D’ailleurs, la
complexité de la méthode telle que
nous allons la parcourir, aura tôt fait
d'apaiser cet appétit de savoir…
En réalité, la valorisation de la
part se justifie à l'occasion d'événements
importants touchant la
société ou ses associés.
Il s'agit notamment de :
- Augmentation de capital : elle
coïncide, par exemple, avec l'entrée
d'un nouvel associé, amené
à souscrire des parts sociales à
une valeur vénale supérieure à celle de la constitution de la
société. On déterminera alors un
droit d'entrée ou prime d'émission
dont il sera redevable.
- Réduction de capital : elle se traduit
par le remboursement des
parts de l'associé sortant d'après
leur valeur vénale.
-
Cession de parts entre associés : c’est le cas le plus fréquent.
-
Donation ou succession : elle
nécessite de valoriser la part
sociale, tant pour les besoins du
calcul des droits de mutation
que pour l'équilibre du partage
familial entre les héritiers.
- Changement de statut social
d'un associé (exemple : prise de
retraite d'un associé exploitant).
Dans ce cas, les parts de l'associé
subissent une "migration" fiscale
les faisant passer du patrimoine
professionnel vers le patrimoine
privé du même détenteur. A
cette occasion, la plus-value professionnelle
taxable prise par la
part durant l'activité peut bénéficier d'un report jusqu'à une
opération ultérieure telle que la
vente.
- Passage à l’IS de la société. Ce passage entraîne aussi une "migration" fiscale des parts détenues
par les associés exploitants
de leur patrimoine professionnel
vers le privé. Le dispositif de
report d'impôt sur la plus-value
professionnelle impose, là encore,
de valoriser la part sociale.
Le seul véritable prix d'une part
sociale résulte de l'offre et de la
demande. Néanmoins, le vendeur
est en quête de connaître la valeur
raisonnable avant la mise en vente
de ses parts. C'est pourquoi nous
disposons d'une méthode reconnue
pour aider le cédant dans cette
démarche de valorisation.
La méthode consiste à combiner
deux valorisations de la société
dont :
Sur la base du plus récent bilan
comptable, elle revient à évaluer
l'ensemble des éléments d'actif de
la société d'après leur valeur possible
de vente (valeur vénale). Les
associés ont le plus souvent recours à un expert pour cette évaluation,
mais ils peuvent aussi se rapprocher
de leur concessionnaire pour
le matériel d'exploitation.
Pour les stocks, leur dernier
cours constitue le plus souvent la
référence.
L'écart de valeur entre cette
expertise et la valeur nette comptable
sera corrigé d'un abattement
pour fiscalité latente afin de tenir
compte des prélèvements sociaux
et fiscaux générés par la vente
ultérieure de ces éléments.
Cet actif réévalué, purgé de la fiscalité
latente, est ensuite diminué
des dettes de la société telles
qu'elles résultent du dernier bilan ;
on aboutit à l'actif net réévalué.
La division de ce dernier chiffre par
le nombre de parts sociales donne
la valeur mathématique de la part.
Elle consiste à déterminer ce que
la société est susceptible de rapporter à un investisseur. La première étape de ce calcul revient à
déterminer le potentiel de bénéfice
courant sur la base de la moyenne
des résultats sociaux au cours des
5 derniers bilans et d'en dégager
les perspectives d'avenir. Ces bénéfices
seront épurés de la fiscalité
latente. Le deuxième élément du
calcul consiste à proposer un taux
de rendement sur la base de ce
que peut escompter cet investisseur
au sein de la société. Ce taux
doit, bien entendu, être nettement
supérieur à celui proposé au même
moment pour un investissement
dans le secteur des obligations à
long terme. La différence est supposée
couvrir le risque couru par
cet investisseur, tenant compte des
caractéristiques de l'entreprise
telles que :
- la sécurité d'exploitation au travers
des baux,
- la sécurité d'écoulement de la
production,
- la gestion reposant sur un ou
plusieurs dirigeants.
Ce taux est le plus souvent compris
dans une fourchette oscillant
entre 7 et 10 %.
Enfin, la division du bénéfice moyen
escompté par le taux de rendement
aboutit à la valeur raisonnable de
l'entreprise que l'investisseur est
susceptible d'accepter pour l'acquisition
des parts sociales.
La combinaison de la valeur patrimoniale
(VP) avec la valeur de
rendement (VR) à raison, le plus
souvent, de 2 voire 3 VP pour 1 VR,
nous amène à la valeur dite "combinée".
Ce montant peut enfin être
corrigé de certains abattements
tenant compte du caractère fermé
de la société d'exploitation, et de
l'absence de liquidité des parts
sociales, voire de la participation
minoritaire de l'acquéreur de
parts. L'ensemble de ces abattements
peut atteindre 30 % de la
valeur combinée. A ce stade de la
réflexion, l'évaluateur est à même
de proposer une fourchette de
valeur, laissant aux associés ou à
l’acheteur et au vendeur la décision
finale d'arrêter le prix de la
part.
Ce prix est ensuite repris dans le
cadre de l'acte juridique qui s'en
suivra, à savoir : assemblée générale
extraordinaire, cession de parts,
donation, succession, liquidation de
communauté conjugale, ...
Le prix de la part sociale d'une
société doit être menée avec rigueur.
En effet, celle-ci comporte des
enjeux patrimoniaux au regard de
l'équité familiale, dans le cas d'une
transmission par vente, donation
ou succession. Mais elle comporte
aussi des enjeux fiscaux en
matière de plus-value ou de droit
d'enregistrement. L'administration
peut considérer le prix insuffisant
selon ses critères d'appréciation
et opérer une rectification fiscale
dans le délai de prescription.
Bruno DAY
[haut]