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CDER Infos n°184

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Economie

SOMMAIRE

 

Les agriculteurs face à la volatilité des prix

Depuis deux ans, les agriculteurs sont confrontés à une volatilité accrue qui génère de fortes variations de revenus. Cette volatilité est durable. Cette situation nécessite une gestion adaptée pour en atténuer les effets.

Une volatilité inconnue depuis 15 ans

La flambée des cours enregistrée sur les marchés agricoles en 2007/2008 a brutalement mis fin à près de 15 ans de relative stabilité des prix internationaux.
Un effondrement encore plus brutal a suivi cette envolée spectaculaire : en seulement 6 mois, les prix sont revenus à leur niveau initial.

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Un phénomène durable

Les économistes ont apporté de nombreuses explications à cette flambée subite :
- le développement de la demande dans les pays émergents,
- la croissance exponentielle des agro-carburants notamment aux Etats-Unis,
- le rôle controversé de la spéculation sur les marchés à terme,
- deux années successives (2006 et 2007) de rendements mondiaux médiocres.
Tout cela est vrai. Cependant, l’évolution des stocks et les politiques agricoles ont un rôle majeur dans l’évolution de cette volatilité.
Dans les années 70 à 90, les politiques agricoles menées aux Etats-Unis, en Chine et en Europe conduisaient à la mise en place de stocks centraux régulateurs des marchés. La libéralisation des échanges agricoles entreprise à l’OMC a entraîné la disparition de ces stocks centraux.
Compte tenu du coût élevé de ces stocks, le penchant "naturel" de chaque Etat est de laisser aux autres le soin de s’en occuper. Or, il est peu probable que le marché retrouve une certaine stabilité en l’absence de stocks importants. Absence de pays jouant le rôle de stockeur central, croissance de la demande et variabilité accrue de la production mondiale sous l’effet du réchauffement climatique : l’instabilité devrait marquer durablement les prix internationaux des produits alimentaires.

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Quel impact sur les exploitations régionales ?

La flambée puis l’effondrement brutal des prix en grandes cultures ont entraîné également une fluctuation de grande ampleur du prix des intrants (notamment des engrais).
Ces évolutions n’auraient pas été dramatiques si elles avaient eu lieu au même moment : l’une venant compenser l’autre.
Malheureusement, leur décalage temporel a créé un contexte dangereux ; d’autant plus que la hausse des intrants a suivi la hausse des prix des grandes cultures.
L’impact est très varié suivant les filières, mais aussi entre les exploitations. Les écarts entre les exploitations se sont accentués durant cette période selon :
- la situation financière de l’exploitation avant 2007,
- la phase de vie de l’exploitation : installation, développement...,
- le choix de commercialisation des grandes cultures pendant la flambée,
- les choix de gestion après les bons résultats 2007 (investissements matériel, épargne...),
- la politique d’achat et d’utilisation des approvisionnements.

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Comment faire face à cette instabilité ?

Deux types de réponse :

Une réponse politique à l’échelle nationale ou internationale

Face à cette instabilité accrue, il est évident qu’une intervention publique stabilisatrice est nécessaire.
Elle peut avoir pour objectif :
- de stabiliser les prix par la reconstitution de stocks mondiaux, la régulation des importations et exportations aux frontières, l’interdiction de la pure spéculation et le développement des filières courtes.
- de gérer le risque lié au prix par la généralisation des assurances et la généralisation des instruments de couverture des risques.
L’enjeu est important, d’autant plus qu’il va à l’encontre de la doctrine libérale qui domine actuellement.

Une réponse à l’échelle de l’exploitation

Les exploitants doivent intégrer ce nouveau postulat et adapter leur stratégie en conséquence. Plusieurs décisions peuvent réduire la volatilité ou en atténuer ses effets.
Certaines peuvent être prises rapidement, d’autres nécessitent une plus longue réflexion :
Décisions à court terme
- Constituer une épargne de précaution : Ceci permettra de réduire l’impact des retournements de cycle sur la trésorerie de l’exploitation. Une réserve de 150 à 200 € par hectare constitue une bonne protection. Cette réserve peut être constituée hors de l’exploitation (dotation pour aléas).
- Utiliser les outils fiscaux et assurantiels : Plusieurs outils permettent d’écrêter les hautes tranches d’imposition et de lisser les revenus (le quotient, la moyenne triennale fiscale, les dotations pour investissement).
Le choix de ces outils doit être réfléchi avec votre comptable. Les assurances récolte permettent aussi de réduire la volatilité des revenus. Dans le cadre du bilan de santé de la PAC, 65 % de la prime d’assurance sont pris en charge par l’Etat.
- Contractualiser et lisser ses achats et ses ventes : Acheter ses engrais en septembre 2008 et attendre que le cours du jour remonte pour vendre son blé 2009 sont des décisions qui ont fortement pénalisé le revenu 2009.
Lisser ses achats et ses ventes est nécessaire pour réduire l’impact de la volatilité. La contractualisation, le prix moyen ou l’utilisation des marchés à terme peuvent permettre ce lissage.

Décisions à moyen terme
- Eviter la trop grande spécialisation : Diversifier son assolement et ses productions permet de réduire l’instabilité. En effet, il est rare que toutes les productions subissent des dépressions de marché ou des aléas de rendement au même moment. C’est le cas également du développement d’une activité hors du champ agricole (Exemple : photovoltaïque...)
- Rechercher des circuits de commercialisation courts : La vente de production en circuit court, la vente directe au consommateur final, la vente d’un produit spécifique à un transformateur local (boucherie, meunerie...) répondent à cet objectif.
- Programmer ses investissements sur plusieurs années : Un grand nombre de décisions de renouvellement de matériel en 2007 et 2008 ont été prises sous l’influence des bons prix.
Faut-il rappeler qu’engager un investissement est une décision structurelle qui ne doit pas être prise sous l’influence d’éléments conjoncturels ? Le renouvellement du matériel doit s’inscrire dans un plan pluriannuel global.
- Réduire son endettement
S’adapter à la volatilité, c’est aussi réduire son endettement à moyen terme afin de dégager de nouvelles capacités d’endettement. En moyenne, l’endettement des exploitations est proche de 1 000 € par hectare ce qui génère des annuités (capital et frais financiers) de 230 € par hectare. Une baisse de 20 % de cet endettement est nécessaire afin de faciliter le pilotage de l’entreprise.

Ces différentes mesures permettent de rendre les exploitations plus flexibles devant l’instabilité. C’est d’autant plus nécessaire que 2013 verra la mise en place d’une nouvelle réforme de la PAC. Il faut déjà s’y préparer. A chacun d’entre vous de choisir parmi ces mesures celles les mieux adaptées à ses objectifs, à ses motivations et aux capacités de son entreprise.

Jean-Marie LETT

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