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Bulletins de liaison n°183

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Economie "agriculture"

SOMMAIRE

 

La Russie, un grand pays agricole en mouvement

Lors du forum céréalier de Saint-Petersbourg en juin dernier, le Président Medvedev a souhaité un rapprochement de la Russie, de l’Ukraine et du Kazakhstan pour poser les fondations de l’OPEP des céréales. Avec des millions d’hectares sous exploités, d’autres qui peuvent être mis en culture, la Russie jouera un rôle important dans les décennies à venir.

Les ressources en terres de la Russie

"Comment nourrir le monde en 2050 ?"
Lorsque l’on prend connaissance des solutions proposées par la FAO, il est évoqué le nécessaire investissement pour augmenter la production agricole et la (re)mise en culture de terres.
La Russie est citée, tout comme d’autres pays de l’Est (Ukraine, Kazakhstan) mais aussi d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine) ou encore d’Afrique (Congo, Soudan, Tchad…)

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Pourquoi s’intéresser à la Russie ?

La Russie est le pays le plus grand du monde. Elle compte 1 709 millions d’hectares, parmi lesquels 215 millions d’hectares de terres agricoles.
Les terres arables représentaient 115 millions d’hectares en 2007 (en comparaison, en France 18 millions d’hectares, en Ukraine 32,5 millions d’hectares). Depuis 1991 et la chute de l’URSS, la Russie a perdu 17 millions d’hectares de terres arables faute de moyens. Dans son discours au forum céréalier de Saint-Petersbourg en juin 2009, le président Medvedev a proné la remise en culture de 20 millions d’hectares.
Les terres arables russes actuelles se situent pour 78 % dans l’Est et le Sud de la Russie et 18 % dans le district central. La Sibérie et l’Extrême Orient restent peu exploités compte tenu des rigueurs climatiques et de l’éloignement des ports ou des zones peuplées.
Mais des espoirs se fondent vers ces zones, notamment avec le changement climatique, les innovations variétales et l’objectif de faire un couloir Russie/Chine : "le couloir oriental de développement".
Un exemple : les essais d’orges de brasserie par Saaten Union en Sibérie pour le marché chinois.

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La réforme du Code Foncier

La loi sur l’exploitation des terres agricoles est entrée en vigueur en 2003. Le Code Foncier russe interdit la possession des terres agricoles aux citoyens étrangers, aux compagnies étrangères, ainsi qu’aux compagnies russes détenues à plus de 50 % par des étrangers. Dans la pratique, cette interdiction ne concerne pas les filiales de compagnies étrangères.
A partir de 2006 et la hausse des prix des produits agricoles, les investissements se sont multipliés. Hormis quelques fonds d’investissements britanniques et américains, les cinq principaux pays intéressés par les terres russes sont la Chine, la Corée du Sud, la Suède (Black Earth Farming), le Danemark (Trigon Agri) et la Lituanie (Agrowill).
Les Coréens opèrent à la manière de Daewoo à Madagascar, au travers des fonds privés. En Russie, Hyundaï Heavy Industries est en première ligne. Pour les Chinois, ce sont les fonds souverains, notamment dans l’extrême Est, du côté de Vladivostok et en Sibérie où de véritables programmes de récupération de terres sous juridiction russe sont en place, particulièrement des zones boisées.

*La Russie au SPACE en septembre 2009,
un pas de plus dans le partenariat

L’Académie des sciences agricoles de Russie (représentée par le premier vice-président), le Directeur général de l’Association des éleveurs de volaille de Russie, la Secrétaire Générale de la division russe de la WPSA (World Poultry Science Association), les Ministres de l’Agriculture des régions de Nijny Novgorod, de la République de Bachkortostan (Bachkirie), le Vice-ministre de l’Agriculture de la région de Krasnoyarsk, le Ministère de l’Agriculture de Russie, ainsi que des dirigeants de la banque Rosagroleasing… au total, la délégation russe comptait 80 membres.
Les agriculteurs russes viennent pour s’informer sur les races de bovins, mais aussi pour du matériel. Dans son discours d’ouverture, Kharon Amerkhanov, vice directeur du département de l’élevage du ministère de l’Agriculture, a rappelé que "le partenariat entre la France et la Russie est une longue histoire" et "nous sommes toujours intéressés par la participation du business français dans notre agriculture". Le vice-directeur s’est par ailleurs déclaré certain que cette conférence renforcera encore les liens qui unissent les deux pays et il a invité les professionnels français à nouer de nombreux contacts. Vladimir Fissine, premier viceprésident de l’académie des sciences agricoles de Russie a ensuite exposé la stratégie de développement de la filière avicole, "qui est la plus dynamique et la plus scientifique".

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Et les français ?

La France n’est pas en reste…
On ne parle pas là de centaines de milliers d’hectares, mais trois entreprises se sont lancées dans des activités de production agricole : Sucden (pour l’approvisionnement de trois sucreries), CECAB Daucy et Bonduelle pour leurs productions de maïs doux et petits pois. Ces exploitations sont de tailles importantes (4 000 à 8 000 hectares).
Les grands noms de l’agro-alimentaire français sont installés en Russie. Sans être exhaustifs, évoquons le Groupe Soufflet avec ses activités de malt à Saint-Petersbourg et ses activités agricoles et de collecte à Lipetsk. Malteurop a récemment racheté la malterie de Belgorsolod. Lactalis, via l’usine Istra, produit 6 000 tonnes de fromage par an depuis 2002.
Danone détient désormais 18,4 % du numéro un de l’agro-alimentaire russe, Wimm Bill Dam. Les semenciers n’ont pas encore leur propre usine de production, mais Euralis et Florimont Desprez sont particulièrement actifs. Lié au développement de ces industriels, SNC Lavallin décroche des contrats et les exportateurs de pommes de terre commencent à se mesurer à ce marché comme Pom d’agri.
En ce qui concerne l’élevage, c’est notamment à travers les échanges aux salons spécialisés que les partenariats commencent à se nouer : en février 2009, la Russie était à l’honneur du 73ème SIMA à Paris et plus récemment au SPACE à Rennes*.
Depuis l’an 2000, l’Ecole Supérieure d’Agriculture d’Angers a établi une convention d’échanges d’étudiants avec l’Université d’Etat d’Agro-ingénieurs de Tchéliabinsk (UEAT). Tous les ans, des jeunes étudiants trouvent ensuite des postes dans ces entreprises françaises en Russie ou en France.
Auchan a ouvert en août dernier son 34ème magasin en Russie. Avec un marché de 140 millions de consommateurs, les perspectives sont grandes. Carrefour, après avoir ouvert ses deux premiers hypers en 2009 et un projet d’une troisième ouverture d’ici la fin de l’année, a surpris les analystes en annonçant en octobre son retrait de Russie. N’était-il pas monté dans le train trop tard ?

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Structures agricoles et coût de production

La typologie des exploitations agricoles comprend quatre classes :
- les jardins de la population : 13,2 millions d’hectares,
- les petites fermes : 15,4 millions d’hectares,
- les exploitations privées de grande taille : 88,1 millions d’hectares,
- les agro-holdings, que l’Institut de conjoncture du marché agraire IKAR évalue à 11,5 millions d’hectares. Parmi ces 196 agroholdings, 32 contrôlent (propriété et/ou location) plus de 100 000 hectares chacune.
Certaines comme Razgulaï, Arkada group ou encore Pava sont cotées au London Stock Exchange.
Rares sont les organismes qui effectuent des travaux de microéconomie pour connaître la rentabilité de ces outils de production. Arvalis, qui essaie de comparer le coût de production du blé entre les grands pays compétiteurs de la France, a communiqué sur ces chiffres lors d’une conférence le 19 novembre à Paris.
Dans les derniers travaux publiés (début 2000), l’Ukraine, la Russie et l’Argentine constituaient le groupe des plus compétitifs, de l’ordre de 70 €/T de coût complet de production du blé (intrants, mécanisation, fermage, maind’oeuvre).

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Handicap de la filière export

Pour répondre au marché, la Russie est face à un défi de modernisation des infrastructures logistiques.
Certaines sont portées par des groupes privés (comme le Groupe Soufflet et son investissement dans quatre silos de 5 000 tonnes. A comparer à Louis Dreyfus Commodities qui détient via Ruselco un réseau de stockage de 1,5 million de tonnes et qui vient d’obtenir un prêt de 75 millions de dollars de la BERD pour les moderniser).
Les investissements sont aussi publics avec l’organisme étatique d’intervention United Grain Company, dont une des priorités sera de moderniser les silos de stockage.
Du côté des ports, le seul port en eaux profondes pouvant accueillir des panamax, mais il est rapidement saturé, est Novorossiysk (5,5 millions de tonnes par an). Ensuite vient Rostov sur Don (2,6 millions de tonnes par an). Un programme de développement du port de Tuapse devrait donner une autre voie de sortie. Une installation doit être inaugurée en 2009/2010 avec une capacité d’export de 2 millions de tonnes.
Du côté du fer, les infrastructures sont en train de changer. Privatisations et investissements sont engagés.

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OPEP des céréales ou pool mer noire

Suite au forum céréalier de Saint-Petersbourg, la presse internationale a relevé l’objectif des leaders Medvedev et Poutine de s’entendre avec les présidents Nazarbaev du Kazakhstan et Ioutchenko d’Ukraine pour pouvoir peser davantage dans les échanges mondiaux. C’est-à-dire vendre le blé plus cher, pour rémunérer davantage les producteurs et permettre à l’ensemble de la filière de capter de la valeur ajoutée.
Pour le numéro un russe, ardent défenseur de la diversification d’une économie trop dépendante des hydrocarbures, il s’agit d’encourager la Russie à renouer avec sa vocation agricole.
La Compagnie céréalière unifiée (OZK) récemment créée, détenue à 25 % par l’Etat, est vouée à devenir la centrale d’achat et d’exportation des céréales russes. Ces marchés sont déjà relativement ouverts sur le monde
et les grands traders sont tous très bien implantés : Cargill, Glencore, Bunge, Dreyfus… L’enjeu serait-il d’encourager les champions locaux comme WJ, Aston, MZK, Rosinteragroservice… à prendre de l’importance et être en mesure d’apporter la qualité souhaitée par les acheteurs d’Afrique du Nord, du Moyen Orient ou d’Asie ? Qualité et quantité, avec à l’horizon 2050 cette arme dont tout le monde parle : l’alimentaire.

Exemple de production de blé (1 € = 40 roubles)

Les itinéraires techniques et la productivité sont variables :
- Le coût d’un salarié varie de 250 à 400 €/mois pour l’entreprise.
- Le prix du gasoil s’élève à 0,4 €/l.
- Le fermage varie de 50 à 100 €/ha.
- Le blé est semé à l’automne à 200 kg/ha.
- Les engrais : les doses d’azote varient de 60 à 120 U/ha. L’engrais de fond se limite à 99 unités de phosphore.
- Le coût des produits phytosanitaires est faible : 1 ou 2 herbicides à 2 €/ ha chacun, 1 ou 2 fongicides à 5 €/ha, 1 ou 2 insecticides à 2 €/ha...
... Tout cela pour récolter des blés de 35 à 60 qx/ha.
Les exploitations sont en général gérées pour optimiser le parc matériel, la maind’oeuvre et le stockage sur des unités de 2 500 à 6 000 ha. Lorsque les tailles
d’exploitation dépassent ces seuils, on parle de "brigades" : exemple l’Agro-
Holding Russ exploite 10 150 ha en 3 brigades.
La capacité de ces structures de production à survivre avec des prix payés à la ferme de l’ordre de 50 à 80 €/T pour du blé ou de l’orge tient à plusieurs facteurs principaux :
- un parc matériel amorti, que les exploitants réparent et font durer,
- ou un parc matériel neuf amorti sur de grandes surfaces,
- des itinéraires techniques avec de faibles coûts d’intrants,
- la capacité des investisseurs (actionnaires) à aider à boucler des budgets déficitaires,
- la non recherche de distribution de dividendes et la non rémunération des capitaux.
Le principal obstacle auquel sont confrontés les agriculteurs est un difficile accès
au crédit et quand il est possible, c’est à hauteur de 20/25 % d’intérêt par an...

 

Thomas HAZOUARD

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