Lors du forum céréalier de Saint-Petersbourg en juin dernier, le Président Medvedev a souhaité un rapprochement de la Russie, de l’Ukraine et du Kazakhstan pour poser les fondations de l’OPEP des céréales. Avec des millions d’hectares sous exploités, d’autres qui peuvent être mis en culture, la Russie jouera un rôle important dans les décennies à venir.
"Comment nourrir le monde en
2050 ?"
Lorsque l’on prend connaissance
des solutions proposées par la
FAO, il est évoqué le nécessaire
investissement pour augmenter la
production agricole et la (re)mise
en culture de terres.
La Russie est citée, tout comme
d’autres pays de l’Est (Ukraine,
Kazakhstan) mais aussi d’Amérique
du Sud (Brésil, Argentine) ou
encore d’Afrique (Congo, Soudan,
Tchad…)
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La Russie est le pays le plus grand du
monde. Elle compte 1 709 millions
d’hectares, parmi lesquels 215 millions
d’hectares de terres agricoles.
Les terres arables représentaient
115 millions d’hectares en 2007 (en
comparaison, en France 18 millions
d’hectares, en Ukraine 32,5 millions
d’hectares). Depuis 1991 et la
chute de l’URSS, la Russie a perdu
17 millions d’hectares de terres
arables faute de moyens. Dans
son discours au forum céréalier
de Saint-Petersbourg en juin 2009,
le président Medvedev a proné la
remise en culture de 20 millions
d’hectares.
Les terres arables russes actuelles
se situent pour 78 % dans l’Est et
le Sud de la Russie et 18 % dans
le district central. La Sibérie et
l’Extrême Orient restent peu
exploités compte tenu des rigueurs
climatiques et de l’éloignement
des ports ou des zones peuplées.
Mais des espoirs se fondent
vers ces zones, notamment avec
le changement climatique, les
innovations variétales et l’objectif
de faire un couloir Russie/Chine : "le
couloir oriental de développement".
Un exemple : les essais d’orges
de brasserie par Saaten Union en
Sibérie pour le marché chinois.
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La loi sur l’exploitation des terres
agricoles est entrée en vigueur
en 2003. Le Code Foncier russe
interdit la possession des terres
agricoles aux citoyens étrangers,
aux compagnies étrangères,
ainsi qu’aux compagnies russes
détenues à plus de 50 % par des étrangers. Dans la pratique, cette
interdiction ne concerne pas les
filiales de compagnies étrangères.
A partir de 2006 et la hausse
des prix des produits agricoles,
les investissements se sont
multipliés. Hormis quelques fonds
d’investissements britanniques et
américains, les cinq principaux pays
intéressés par les terres russes sont la Chine, la Corée du Sud,
la Suède (Black Earth Farming),
le Danemark (Trigon Agri) et la
Lituanie (Agrowill).
Les Coréens opèrent à la manière
de Daewoo à Madagascar, au
travers des fonds privés. En Russie,
Hyundaï Heavy Industries est en
première ligne. Pour les Chinois, ce
sont les fonds souverains, notamment
dans l’extrême Est, du côté
de Vladivostok et en Sibérie où de
véritables programmes de récupération
de terres sous juridiction
russe sont en place, particulièrement
des zones boisées.
*La Russie au SPACE en septembre 2009, L’Académie des sciences agricoles de Russie (représentée par le
premier vice-président), le Directeur général de l’Association des éleveurs de volaille de Russie, la Secrétaire Générale de la division
russe de la WPSA (World Poultry Science Association), les Ministres
de l’Agriculture des régions de Nijny Novgorod, de la République
de Bachkortostan (Bachkirie), le Vice-ministre de l’Agriculture de
la région de Krasnoyarsk, le Ministère de l’Agriculture de Russie,
ainsi que des dirigeants de la banque Rosagroleasing… au total,
la délégation russe comptait 80 membres. |
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La France n’est pas en reste…
On ne parle pas là de centaines
de milliers d’hectares, mais trois
entreprises se sont lancées dans des
activités de production agricole :
Sucden (pour l’approvisionnement
de trois sucreries), CECAB
Daucy et Bonduelle pour leurs
productions de maïs doux et
petits pois. Ces exploitations sont
de tailles importantes (4 000 à
8 000 hectares).
Les grands noms de l’agro-alimentaire
français sont installés en Russie.
Sans être exhaustifs, évoquons le
Groupe Soufflet avec ses activités
de malt à Saint-Petersbourg et ses
activités agricoles et de collecte à
Lipetsk. Malteurop a récemment
racheté la malterie de Belgorsolod.
Lactalis, via l’usine Istra, produit
6 000 tonnes de fromage par an
depuis 2002.
Danone détient désormais 18,4 %
du numéro un de l’agro-alimentaire
russe, Wimm Bill Dam. Les
semenciers n’ont pas encore leur
propre usine de production, mais
Euralis et Florimont Desprez sont
particulièrement actifs. Lié au développement
de ces industriels, SNC
Lavallin décroche des contrats et
les exportateurs de pommes de
terre commencent à se mesurer à
ce marché comme Pom d’agri.
En ce qui concerne l’élevage, c’est
notamment à travers les échanges
aux salons spécialisés que les
partenariats commencent à se
nouer : en février 2009, la Russie était à l’honneur du 73ème SIMA à
Paris et plus récemment au SPACE à Rennes*.
Depuis l’an 2000, l’Ecole Supérieure
d’Agriculture d’Angers a établi une convention d’échanges
d’étudiants avec l’Université d’Etat
d’Agro-ingénieurs de Tchéliabinsk
(UEAT). Tous les ans, des jeunes étudiants trouvent ensuite des
postes dans ces entreprises
françaises en Russie ou en France.
Auchan a ouvert en août dernier
son 34ème magasin en Russie. Avec
un marché de 140 millions de
consommateurs, les perspectives
sont grandes. Carrefour, après
avoir ouvert ses deux premiers
hypers en 2009 et un projet d’une
troisième ouverture d’ici la fin de
l’année, a surpris les analystes en
annonçant en octobre son retrait
de Russie. N’était-il pas monté
dans le train trop tard ?
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La typologie des exploitations
agricoles comprend quatre classes :
- les jardins de la population :
13,2 millions d’hectares,
-
les petites fermes : 15,4 millions
d’hectares,
- les exploitations privées de
grande taille : 88,1 millions d’hectares,
- les agro-holdings, que l’Institut
de conjoncture du marché
agraire IKAR évalue à 11,5 millions
d’hectares. Parmi ces
196 agroholdings, 32 contrôlent
(propriété et/ou location) plus
de 100 000 hectares chacune.
Certaines comme Razgulaï,
Arkada group ou encore Pava
sont cotées au London Stock
Exchange.
Rares sont les organismes qui
effectuent des travaux de microéconomie
pour connaître la
rentabilité de ces outils de
production. Arvalis, qui essaie de
comparer le coût de production
du blé entre les grands pays
compétiteurs de la France, a
communiqué sur ces chiffres lors
d’une conférence le 19 novembre à Paris.
Dans les derniers travaux publiés
(début 2000), l’Ukraine, la Russie
et l’Argentine constituaient le
groupe des plus compétitifs, de
l’ordre de 70 €/T de coût complet
de production du blé (intrants,
mécanisation, fermage, maind’oeuvre).
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Pour répondre au marché, la Russie
est face à un défi de modernisation
des infrastructures logistiques.
Certaines sont portées par des
groupes privés (comme le Groupe
Soufflet et son investissement
dans quatre silos de 5 000 tonnes.
A comparer à Louis Dreyfus
Commodities qui détient via Ruselco
un réseau de stockage de 1,5 million
de tonnes et qui vient d’obtenir un
prêt de 75 millions de dollars de la
BERD pour les moderniser).
Les investissements sont aussi
publics avec l’organisme étatique
d’intervention United Grain
Company, dont une des priorités
sera de moderniser les silos de
stockage.
Du côté des ports, le seul port
en eaux profondes pouvant
accueillir des panamax, mais
il est rapidement saturé, est
Novorossiysk (5,5 millions de
tonnes par an). Ensuite vient
Rostov sur Don (2,6 millions de
tonnes par an). Un programme de
développement du port de Tuapse
devrait donner une autre voie de
sortie. Une installation doit être
inaugurée en 2009/2010 avec une
capacité d’export de 2 millions de
tonnes.
Du côté du fer, les infrastructures
sont en train de changer.
Privatisations et investissements
sont engagés.
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Suite au forum céréalier de
Saint-Petersbourg, la presse
internationale a relevé l’objectif
des leaders Medvedev et Poutine
de s’entendre avec les présidents
Nazarbaev du Kazakhstan et
Ioutchenko d’Ukraine pour pouvoir
peser davantage dans les échanges
mondiaux. C’est-à-dire vendre
le blé plus cher, pour rémunérer
davantage les producteurs et
permettre à l’ensemble de la filière
de capter de la valeur ajoutée.
Pour le numéro un russe, ardent
défenseur de la diversification
d’une économie trop dépendante
des hydrocarbures, il s’agit
d’encourager la Russie à renouer
avec sa vocation agricole.
La Compagnie céréalière unifiée
(OZK) récemment créée, détenue à 25 % par l’Etat, est vouée à
devenir la centrale d’achat et
d’exportation des céréales
russes. Ces marchés sont déjà
relativement ouverts sur le monde
et les grands traders sont tous très
bien implantés : Cargill, Glencore,
Bunge, Dreyfus… L’enjeu serait-il
d’encourager les champions
locaux comme WJ, Aston, MZK,
Rosinteragroservice… à prendre
de l’importance et être en mesure
d’apporter la qualité souhaitée par
les acheteurs d’Afrique du Nord, du
Moyen Orient ou d’Asie ? Qualité
et quantité, avec à l’horizon 2050
cette arme dont tout le monde
parle : l’alimentaire.
Exemple de production de blé (1 € = 40 roubles) Les itinéraires techniques et la productivité sont variables : |
Thomas HAZOUARD
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