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Bulletins de liaison n°182

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Economie

SOMMAIRE

La rente viagère dépoussiérée

La rente viagère, difficile à estimer, a plutôt mauvaise presse. Pourtant, elle constitue un moyen de bénéficier d’un revenu jusqu’au décès, aussi tardif soit-il. De plus, les contrats de rente ont été modernisés et des options sont possibles (annuités garanties) pour limiter les conséquences d’un décès précoce du crédirentier (personne titulaire de la rente).

Pour la plupart des actifs, les pensions de retraite issues des régimes obligatoires seront le plus souvent insuffisantes pour couvrir leurs besoins. Ils doivent se constituer un capital pour la retraite ou verser une partie de leur épargne sur un contrat "retraite" (type Madelin pour les non salariés non agricoles ou Madelin Agricole pour les non salariés agricoles, voire les plans d’épargne retraite populaire pour la retraite ou PERP). Quand arrive le moment de la conversion du capital en revenus, la rente est souvent jugée peu attractive. Pourtant, grâce à la mutualisation du risque de longévité (vivre très longtemps en ayant consommé son capital) la rente permet de jouir d’un revenu viager (jusqu’à la fin de ses jours).Une bonne solution donc, sous réserve de bien décrypter ses paramètres techniques pour optimiser son utilisation.

Un certain attrait

La rente viagère permet de préserver son autonomie financière.Ainsi, un homme de 60 ans qui convertit 100 000 € en rente viagère obtient une rente d’environ 4 600 € par an. De prime abord ce rendement peut sembler faible. En effet, il suffirait d’effectuer des retraits d’un contrat d’assurance vie à hauteur de 4,6 % du capital placé pour obtenir le même revenu. Cela dit avec le temps, la rente se revalorise (environ 2,5 % par an) et il faut donc augmenter les retraits du contrat d’assurance vie chaque année pour obtenir un revenu équivalent à la rente. Ce faisant le capital placé est entamé et va s’amenuiser avec le temps jusqu’à disparaître totalement (au bout de 27 ans dans notre exemple).
A 60 ans l’espérance de vie d’un homme est aujourd’hui comprise entre 27 et 28 ans. Dès lors, l’intérêt de la rente viagère, est de garantir à chacun une rente à vie, là où le placement individuel d’un capital serait épuisé dès que l’espérance de vie serait franchie, et ce,grâce à la mutualisation entre un grand nombre d’assurés.

Taux technique : tenir ou courir !

Le niveau de référence de la rente servie est déterminé par :
- les tables de mortalité (qui traduisent l’espérance de vie moyenne d’une population donnée),
- les frais prélevés par l’assureur,
- les options éventuellement choisies,
- et le taux technique retenu.
Derrière ce terme se cache en fait le taux de revalorisation escompté par l’assureur.
Avec une rente à taux technique 2 %, l’assureur ajoute des intérêts au taux de 2 % au capital (sur la durée prévisible de la rente).Avec une rente à taux zéro,aucun intérêt n’est escompté. De fait, une rente à taux zéro sera plus faible qu’une rente à taux technique 2 %. L’écart est de l’ordre de 30 % entre les deux. Par contre, la rente à taux technique 2 % sera moins bien revalorisée qu’une rente à taux zéro. En effet dans le premier cas,la participation aux bénéfices que l’assureur va octroyer aux rentes sera diminuée du taux de 2 % déjà escompté. Avec une rente à taux zéro, la participation aux bénéfices ne sera pas amputée.
L’équation est la suivante :
- la rente à taux zéro progressera plus vite qu’une rente à taux technique 2 % ;
- sur une durée proche de l’espérance de vie moyenne, les choses s’équilibrent ;
- plus le rentier vivra longtemps, plus il sera gagnant en choisissant une rente à taux zéro, du moins en théorie.
En effet la participation aux bénéfices que l’assureur va octroyer aux contrats de rente dépend des résultats financiers (revenus et plus-values des actifs placés) et des résultats techniques (bénéfice ou perte provenant d’un écart avec les tables de mortalité). Or les rentes sont en général mutualisées au sein d’une compagnie d’assurance où les nouvelles rentes pâtissent d’anciennes rentes trop généreuses du fait de l’allongement important de l’espérance de vie. De ce fait, les résultats peuvent être faibles et doivent en priorité servir à garantir les engagements des rentes à taux technique. Ce qui fait que les revalorisations de rentes à taux techniques faibles ne sont pas à la hauteur des espoirs. D’où l’allusion à tenir (un taux technique) ou courir (après les participations bénéficiaires).

Des options pour tous les besoins

Il est possible de prendre des options pour limiter les conséquences de l’aliénation du capital.Tout dépend de la situation personnelle du rentier lors de l’entrée en jouissance de la rente :
- la rente peut être réversible au conjoint survivant (partiellement ou en totalité) ;
- la rente peut être versée, quoi qu’il arrive, pendant un nombre minimum d’années (rente à "annuités garanties") ;
- la rente peut aussi prévoir une majoration au cas de survenance d’une perte d’autonomie liée au grand âge. Ces options ont un coût, mais c’est le prix à payer pour ne pas subir la perte du capital en cas de décès prématuré.
La rente mérite une place dans une stratégie de perception de revenu, surtout lorsque le patrimoine financier est faible. Elle permet de couvrir des besoins incompressibles de vie. Au-delà il convient de disposer de capitaux pour financer d’autres besoins (nouvelle habitation, résidence secondaire, aide aux petits enfants….). Si un capital a été constitué en vue de la retraite, dans un premier temps une assurance vie avec des retraits programmés peut servir à délivrer des revenus et la rente peut être utilisée, dans un second temps, pour assurer le risque viager. L’avantage de cette façon de faire est de permettre l’obtention d’un taux de rente plus élevé du fait de l’âge du rentier qu’en convertissant un capital en rente à l’âge de 60 ans.

Didier LEURQUIN

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