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Bulletins de liaison n°180

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Economie

SOMMAIRE

Les distributeurs dans le collimateur

Deux études récentes, l’une menée par l’Union Fédérale des Consommateurs (UFC), l’autre par Eric Besson, secrétaire d’Etat chargé de la prospective, apportent des conclusions très proches : les prix au détail sont sans rapport avec les prix agricoles.

Les baisses des prix agricoles ne sont pas répercutées

Alors que l’inflation des produits alimentaires (+ 3,6 % en 2008) dépasse celle des autres produits, l’UFC a vérifié comment chaque acteur de la filière contribue à la formation du prix final. Pour cela, elle a mené une étude sur 18 ans (de 1990 à 2008) en comparant les indices de prix agricoles, industriels et au détail de trois produits de la consommation des français : les viandes de boeuf, de porc et la volaille.
Le constat est édifiant. Tous les prix à la production ont baissé (à l’exception de la volaille qui a légèrement progressé). Dans le même temps, les prix au détail ont fortement augmenté.

Prix agricoles Viande Prix au détail
-15 % boeuf +50 %
-30 % porc (rôti) +16 %
+4 % poulet +40 %

 

L’examen des courbes de prix montre qu’à chaque crise l’écart s’est creusé entre prix agricoles et prix de détail. Les baisses de prix agricoles ne sont pas entièrement répercutées sur les prix au détail.
L’exemple récent est le prix de la baguette de pain. Celui-ci n’a pratiquement pas bougé alors que le prix du blé a perdu 30 % en 6 mois.
A l’inverse, quand le prix des matières premières s’accroît, toute la chaîne en profite pour augmenter ses marges. Ainsi, selon le rapport d’Eric Besson, là où l’explosion des cours des matières premières aurait dû entraîner une hausse moyenne de 5 % des prix des produits alimentaires, l’augmentation constatée est de 7 %.

Exemple du jambon

La viande de porc est principalement distribuée en grandes surfaces.
Le jambon est un produit incontournable, il fait partie des produits les plus rentables pour la grande distribution.
Ainsi, 89 % de la marge réalisée par les différents intermédiaires sont captés par les distributeurs, dont le taux de marge nette dépasse 21 %.

La faiblesse de la concurrence explique le niveau de marge

Les fortes marges de la distribution sont la résultante du manque de concurrence.
Selon le rapport Besson, le consommateur trouve une situation concurrentielle plurielle dans seulement 13 % des marchés locaux. Dans 60 % des cas, une enseigne est en position de leader, dépassant de très loin le numéro deux. Les prix d’un même produit entre les zones concurrentielles et non concurrentielles peuvent varier de plus de 10 % en moyenne.
Le développement des marques de distributeurs, placées sur le même créneau que les marques nationales, ne change pas le rapport de force. Il ne crée de pression que sur les prix en amont.

Intensifier la concurrence, seul remède fort et durable

Les remèdes proposés par le rapport Besson sont les suivants :

  • Réduire le nombre d’intermédiaires permet de réduire les prix au consommateur tout en améliorant la marge du producteur. C’est particulièrement vrai en fruits et légumes.
  • Développer le hard discount peut être une réponse. C’est vrai sur tous les produits de base (jambon, lait UHT, ...) mais moins vrai sur les produits innovants, les produits régionaux ou labels.
  • Développer la concurrence dans la grande distribution. La Loi de Modernisation de l’Economie (LME) y contribue en favorisant l’implantation des grandes surfaces et en renforçant les aides en faveur du commerce de proximité.

Intensifier la concurrence est une bonne chose.
Attention, toutefois, que cela ne se traduise pas par une pression accrue et excessive sur les fournisseurs industriels, et par voie de conséquence sur les agriculteurs.
La réforme des marges arrières et la mise en place d’un observatoire des marges seront-elles suffisantes ?

Jean-Marie LETT

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