Avec des cours divisés par 4 en six mois, le prix du baril de
pétrole s’est effondré de manière spectaculaire.
Juste retour des choses ou correction passagère ?
Spectaculaire c’est le mot qui caractérise l’effondrement du prix du baril de brut qui flambait jusqu’à plus de 150 $ dans les chaleurs estivales, pour revenir à moins de 35 $ dans les premiers frimas de l’hiver.
L’histoire économique du pétrole
est très récente à l’échelle de
l’humanité. Apparue dans le milieu
du XIXème siècle, elle s’organisa
dans un premier temps autour
d’un géant, la Standard Oil, créée
par Rockfeller. Cette société a
permis de réguler le prix, la qualité,
et de développer des canaux
de commercialisation. Assurant la
maîtrise de la production et de
l’approvisionnement, la Standard
Oil devint vite un monopole qui éclata en 1890 sous l’impulsion du "Sherman Antitrust Act".
Jusqu’aux années 1960, de grands
groupes internationaux comme
Shell, Royan Dutch, Total, Elf,
Exxon, ont proliféré grâce à des
gisements facilement accessibles,
en maîtrisant en amont comme en
aval la manne d’approvisionnement
pétrolière.
Cependant, vers la fin des années 60,
les pays producteurs, notamment
ceux du Golfe Persique, se sont
organisés autour d’un organe supra
national : l’OPEP (Organisation des
Pays Exportateurs de Pétrole).
Cette structure modifia en profondeur,
et durablement, l’équilibre
des forces en régulant le prix du
marché du baril par une politique
de quotas de production.
Par exemple, les prix d’un baril
furent multipliés par 4 en trois mois
suite aux conséquences du soutien
des pays occidentaux aux israéliens
lors de la Guerre du Kippour.
Pour limiter cette volatilité, les pays
acheteurs ont passé des contrats
long terme pour se garantir une
sécurité d’approvisionnement.
Cette forte demande des pays
occidentaux déboucha sur la
fixation libre du prix du baril
et dépassa les prix officiels. On
assista en 1979 au 2ème choc pétrolier
suite à la révolution iranienne
et au conflit irano/irakien.
Dans les années 80, une bourse
de matières premières (dont le
pétrole) est instaurée pour lutter
contre les fluctuations de prix.
Dés lors de nouveaux outils de
couverture et de spéculations
apparaissent. Ils permettent de
réguler les niveaux de prix en
fonction des évolutions démographiques,
géopolitiques et de
gestion des stocks.
Sherman Antitrust Act Loi antitrust américaine qui
institua comme précepte : |
L’époque d’un pétrole bon marché
est belle et bien révolue. Les techniques
de forages coûtent de plus
en plus cher du fait de disponibilités
moindres de l’or noir. Les coûts
d’extraction risquent donc de devenir
rapidement exorbitants. Resterait
l’espoir de nouvelles découvertes
pétrolières pour approvisionner une
demande croissante.
Mais, depuis 20 ans, elles ont été
plutôt rares.
Or, l’humanité brûle une quantité
d’énergie fossile de 82 Millions de
Barils environ par Jour (1 baril =
159 litres) ! Nous aurions ainsi déjà
consommé depuis 1850 près de
950 Milliards de barils de pétrole
(Source United States Geological
Survey), soit à peine moins que les
estimations des réserves existantes
et de celles restant à découvrir.
Ces chiffres peuvent sembler colossaux.
Selon l’AIE (Agence Internationale
de l’Energie), l’urbanisation et
l’industrialisation des pays émergents
(la Chine, l’Inde) seraient à l’origine
d’une poussée considérable de la
demande d’environ 60 % jusqu’à 2030,
soit une progression de la demande
de 1,8 % par an.
Aussi, triste que soit la perspective
d’une panne sèche en 2033,
on ne peut pas consommer une
ressource qui ne se renouvelle pas
sans envisager de s’en retrouver un
jour privé.
Deux sénateurs Français, Pierre
Laffite et Claude Saunier, ont présenté
en juin 2006 un rapport à
l’Office Parlementaire d’évaluation
des Choix Scientifiques et
Technologiques (OPECST). Dans
celui-ci, ils estiment un prix proche
de 150 $ le baril compte tenu des
capacités de production. Pour eux : "le déséquilibre amorcé en 2001 est
trop fort pour que l’on n’aboutisse
pas dans un futur proche à un choc
pétrolier de grande ampleur".
L’IFP (Institut Français du Pétrole) évoque également une hausse
durable des cours du pétrole "il y a tout lieu de penser que le
déséquilibre offre/demande va
perdurer, pour des raisons tant
géologiques que politiques". Nous
le constatons à l’heure actuelle,
les tensions géopolitiques sont
orchestrées par une volonté de
cannibalisation des derniers gisements
pétroliers existants - Russie
(Géorgie, Ossétie), Moyen-Orient,
Irak, Iran, Cercle Polaire…
Certes, à court terme une hausse
du pétrole entraîne une hausse des
charges pour les agriculteurs : le
coût du fioul, de l’huile, du gaz et de
l’engrais azoté sont principalement
concernés. Dans une exploitation
de grandes cultures, l’ensemble de
ces charges représentent environ
200 €/ha.
Par contre, la hausse du pétrole a
aussi beaucoup d’impacts positifs
pour les agriculteurs. Citons :
A moyen terme, la hausse du pétrole a donc plus d’avantages que d’inconvénients pour les agriculteurs.
François DEBEAUVAIS
[haut]