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Bulletins de liaison n°179

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Economie

SOMMAIRE

Des cours en trompe l’oeil

Avec des cours divisés par 4 en six mois, le prix du baril de pétrole s’est effondré de manière spectaculaire.
Juste retour des choses ou correction passagère ?

Spectaculaire c’est le mot qui caractérise l’effondrement du prix du baril de brut qui flambait jusqu’à plus de 150 $ dans les chaleurs estivales, pour revenir à moins de 35 $ dans les premiers frimas de l’hiver.

Connaître l’histoire c’est comprendre...

L’histoire économique du pétrole est très récente à l’échelle de l’humanité. Apparue dans le milieu du XIXème siècle, elle s’organisa dans un premier temps autour d’un géant, la Standard Oil, créée par Rockfeller. Cette société a permis de réguler le prix, la qualité, et de développer des canaux de commercialisation. Assurant la maîtrise de la production et de l’approvisionnement, la Standard Oil devint vite un monopole qui éclata en 1890 sous l’impulsion du "Sherman Antitrust Act".
Jusqu’aux années 1960, de grands groupes internationaux comme Shell, Royan Dutch, Total, Elf, Exxon, ont proliféré grâce à des gisements facilement accessibles, en maîtrisant en amont comme en aval la manne d’approvisionnement pétrolière.
Cependant, vers la fin des années 60, les pays producteurs, notamment ceux du Golfe Persique, se sont organisés autour d’un organe supra national : l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole).
Cette structure modifia en profondeur, et durablement, l’équilibre des forces en régulant le prix du marché du baril par une politique de quotas de production.
Par exemple, les prix d’un baril furent multipliés par 4 en trois mois suite aux conséquences du soutien des pays occidentaux aux israéliens lors de la Guerre du Kippour.
Pour limiter cette volatilité, les pays acheteurs ont passé des contrats long terme pour se garantir une sécurité d’approvisionnement.
Cette forte demande des pays occidentaux déboucha sur la fixation libre du prix du baril et dépassa les prix officiels. On assista en 1979 au 2ème choc pétrolier suite à la révolution iranienne et au conflit irano/irakien.
Dans les années 80, une bourse de matières premières (dont le pétrole) est instaurée pour lutter contre les fluctuations de prix.
Dés lors de nouveaux outils de couverture et de spéculations apparaissent. Ils permettent de réguler les niveaux de prix en fonction des évolutions démographiques, géopolitiques et de gestion des stocks.

Sherman Antitrust Act

Loi antitrust américaine qui institua comme précepte :
"Si nous refusons qu’un Roi gouverne notre pays, nous ne pouvons accepter qu’un Roi gouverne notre production, nos transports ou la vente de nos produits."
John Sherman

Le Pétrole : denrée devenue rare

L’époque d’un pétrole bon marché est belle et bien révolue. Les techniques de forages coûtent de plus en plus cher du fait de disponibilités moindres de l’or noir. Les coûts d’extraction risquent donc de devenir rapidement exorbitants. Resterait l’espoir de nouvelles découvertes pétrolières pour approvisionner une demande croissante.
Mais, depuis 20 ans, elles ont été plutôt rares.
Or, l’humanité brûle une quantité d’énergie fossile de 82 Millions de Barils environ par Jour (1 baril = 159 litres) ! Nous aurions ainsi déjà consommé depuis 1850 près de 950 Milliards de barils de pétrole (Source United States Geological Survey), soit à peine moins que les estimations des réserves existantes et de celles restant à découvrir.
Ces chiffres peuvent sembler colossaux. Selon l’AIE (Agence Internationale de l’Energie), l’urbanisation et l’industrialisation des pays émergents (la Chine, l’Inde) seraient à l’origine d’une poussée considérable de la demande d’environ 60 % jusqu’à 2030, soit une progression de la demande de 1,8 % par an.
Aussi, triste que soit la perspective d’une panne sèche en 2033, on ne peut pas consommer une ressource qui ne se renouvelle pas sans envisager de s’en retrouver un jour privé.
Deux sénateurs Français, Pierre Laffite et Claude Saunier, ont présenté en juin 2006 un rapport à l’Office Parlementaire d’évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST). Dans celui-ci, ils estiment un prix proche de 150 $ le baril compte tenu des capacités de production. Pour eux : "le déséquilibre amorcé en 2001 est trop fort pour que l’on n’aboutisse pas dans un futur proche à un choc pétrolier de grande ampleur".
L’IFP (Institut Français du Pétrole) évoque également une hausse durable des cours du pétrole "il y a tout lieu de penser que le déséquilibre offre/demande va perdurer, pour des raisons tant géologiques que politiques". Nous le constatons à l’heure actuelle, les tensions géopolitiques sont orchestrées par une volonté de cannibalisation des derniers gisements pétroliers existants - Russie (Géorgie, Ossétie), Moyen-Orient, Irak, Iran, Cercle Polaire…

Les agriculteurs doivent-ils s’inquiéter de la hausse du pétrole ?

Certes, à court terme une hausse du pétrole entraîne une hausse des charges pour les agriculteurs : le coût du fioul, de l’huile, du gaz et de l’engrais azoté sont principalement concernés. Dans une exploitation de grandes cultures, l’ensemble de ces charges représentent environ 200 €/ha.
Par contre, la hausse du pétrole a aussi beaucoup d’impacts positifs pour les agriculteurs. Citons :

  • La corrélation importante entre les cours du pétrole et les cours des matières premières agricoles. Les facteurs d’évolution des cours des produits agricoles sont nombreux : état des stocks, coût du fret, spéculateurs, parité euro-dollar... Pourtant, lorsque le pétrole monte, le soja, le colza et le maïs montent aussi et par ricochet, le blé également ;
  • La hausse des prix des biocarburants dont les prix sont en partie indexés sur le prix du pétrole ;
  • Une meilleure rentabilité et des mesures politiques pour encourager le développement des énergies alternatives comme le photovoltaïque ou les biocarburants 2ème génération... ;
  • Enfin, cela conforte les recherches et le développement des agromatériaux et de la chimie verte qui sont les débouchés de l’agriculture de demain ;

A moyen terme, la hausse du pétrole a donc plus d’avantages que d’inconvénients pour les agriculteurs.

François DEBEAUVAIS

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