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Bulletins de liaison n°178

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Economie

SOMMAIRE

Commercialisation : retour sur terre

Il fallait bien redescendre sur terre un jour, depuis 6 mois les marchés des grandes cultures sont sérieusement mis à mal. Alors que les agriculteurs ont encore en tête les prix historiques atteints l’an passé, il faut se rendre à l’évidence : on est en train de retrouver des niveaux de prix proches de 2006.

Blé, la production mondiale record continue de peser sur les cours

On savait déjà depuis longtemps que la surface emblavée au niveau mondial était sensiblement plus importante (+7 millions d’hectares). Mais personne ne s’attendait à une telle explosion du rendement (3,0 T/ha). Tant et si bien que cette récolte mondiale de blé est à marquer d’une pierre blanche. C’est la plus importante récolte de tous les temps avec 680 MT récoltés (+70 MT par rapport à 2007). Donc, en ce qui concerne l’offre, les données sont quasiment écrites dans le marbre. Il ne manque plus que les récoltes australienne et argentine pour affiner ces chiffres.
L’enjeu pour les prochains mois ne se situe donc pas au niveau de la production, mais au niveau de la demande mondiale. Alors que l’USDA (Ministère de l’Agriculture Américain) prévoit une demande en réelle explosion (655 MT contre 618 MT en 2007), on peut se poser la question de la pertinence de ces prévisions. Effectivement, après avoir frôlé, pour certains, de graves incidents civils pour des raisons purement alimentaires, beaucoup de pays profitent des prix "modérés" pour revenir aux achats. Mais la crise financière actuelle devrait au final peser sur leur croissance économique et corriger sensiblement leurs objectifs de consommation.
Autre conséquence de la crise financière, les fonds de pension, en recherche désespérée de liquidités, sortent des marchés à terme et vendent leurs positions, accentuant ainsi la chute des cours.
Enfin, les pays de la mer noire (Russie et Ukraine) ayant participé à un tiers de la croissance de la production mondiale, se retrouvent avec un surplus exportable. En effet, avec 23 MT de production supplémentaire par rapport à l’année passée, et un niveau d’infrastructures (notamment stockage) largement insuffisant, ces pays inondent, par dumping, le marché de proximité nord-africain.
Exemple : hausse de 60 % de l’export vers l’Egypte
Dans cette ambiance morose, il y a donc peu de points positifs si ce n’est le dollar qui s’apprécie, favorisant ainsi l’origine européenne dans les exportations sur les marchés nord africains (3 fois plus de certificats d’export que l’année passée). Nous sommes donc compétitifs par rapport aux blés US. Enfin, il semble que la qualité soit au rendez-vous cette année, c’est aussi un argument important en matière d’exportation.
Au final, les stocks mondiaux en fin d’année, objets de tant d’inquiétudes il y a quelques mois, vont retrouver un niveau confortable, proche des récoltes 2004 et 2005, soit entre 140 et 150 MT. Bien entendu en cas de ralentissement de la demande mondiale, les stocks finaux seront encore plus élevés, jouant de façon négative sur les cours. Notons également que la baisse du prix du fret maritime rend plus attrayantes les origines lointaines (baltic dry index, indice des prix pour le transport en vrac des matières sèches, passé de 11 000 points à 1 600 points en 6 mois).

La morosité du Maïs

Le maïs subit de plein fouet la conjoncture blé. Ces deux matières premières substituables en matière de débouchés sont dépendantes l’une de l’autre. Toutefois les fondamentaux en maïs sont beaucoup plus tendus que ceux du blé. Contrairement au blé, les prévisions annoncent une récolte mondiale de maïs plutôt en baisse. Là aussi, les interrogations concernent la demande : les USA vont-ils effectivement consommer les 104 MT de maïs (7 fois la production française) prévus à destination de la production d’éthanol ? Dans un contexte de baisse du prix du pétrole, le prix du maïs doit rester modéré pour espérer une rentabilité de la production d’éthanol.
Un peu plus proche de nous, la récolte européenne s’affiche en hausse grâce aux pays de l’Est (Hongrie, et Roumanie). Les cours actuels du maïs, décotés par rapport au blé, lui permettent d’espérer une augmentation de son incorporation dans la ration alimentaire animale, et même si les exportations européennes sont anecdotiques, le maïs européen pourrait devenir compétitif à l’export… Donc en résumé, un prix en dessous de la normale, et des fondamentaux globalement équilibrés permettent d’entrevoir une stabilité sur le maïs.
Est-ce le maïs qui va soutenir le blé, ou le blé qui va entraîner le maïs dans sa chute ? Pour l’instant, on ne peut pas nier que c’est le blé qui l’emporte, mais jusqu’à quand ?

Le colza ou la "pétrole dépendance"

Si on s’attarde sur les fondamentaux du colza, ceux-ci sont plutôt "baissiers" : une excellente récolte mondiale, notamment au Canada et en Mer Noire, permet d’alimenter une demande en trituration importante, même si elle est au final prévue en baisse.
De plus, cette demande ne continuera d’être présente que si les triturateurs y trouvent une certaine rentabilité, rentabilité qui dépend elle, directement des cours pétroliers.
Par sympathie, le colza suit donc l’évolution du pétrole depuis plusieurs mois déjà. Il est une des matières premières les plus dépendantes de l’évolution de la crise économique. Un ralentissement de l’économie mondiale, provoquant une baisse continue du baril de pétrole, devrait logiquement entraîner le colza dans son sillage.

2009, une année à risque pour les céréaliers

La plupart des marchés des commodités céréalières et oléagineuses sont donc plus ou moins ballottés dans le contexte actuel, mais ils sont tous ou presque, orientés dans un trend baissier. En attendant les premiers éléments concernant la récolte 2009, seule la demande mondiale a encore une action possible sur l’évolution future des cours. Quelles sont les données connues à ce jour concernant la future récolte ? Pas grand-chose
sinon qu’elle va être coûteuse à produire.
En effet, il n’y a pas que les matières premières qui ont flambé l’an passé, car les engrais ont littéralement explosé (+56 % par rapport à l’année dernière). Les raisons principales sont relatives à la poussée du coût des énergies et une demande mondiale d’engrais en forte hausse.
Forcement, les prix de vente rémunérateurs des récoltes de l’an passé ont permis aux agriculteurs du monde entier d’investir dans les intrants…
Seulement, il n’y a pas que les engrais qui se sont appréciés, il faut aussi intégrer une hausse sur les produits phytosanitaires, les carburants… et y ajouter les engagements financiers relatifs à la poussée d’investissements qui a eu lieu dans nos campagnes, les charges sociales et impôts suite aux bons résultats passés. Bref, pour produire une même tonne de blé, il faut entre 30 et 40 €/T supplémentaires en 2009.
Un coût de production qui explose, face à une conjoncture morose, gare à l’effet ciseau !
Toutefois, en matière de prospective, on peut supposer que l’augmentation de ce coût de production sera effective dans tous les pays, et cela devrait influer sur les décisions techniques aux quatre coins du monde. Face à ces évolutions de prix, y aura-t-il une contraction de la demande en engrais ? Quelle surface sera semée cette année ?
La réponse à ces questions pourrait entraîner une nouvelle rareté sur les matières premières…
Il est clair que les cours 2009 seront susceptibles d’évoluer selon ces données, auxquelles il faut ajouter la rigueur ou non de l’hiver, les conditions pluviométriques du printemps... Bref, encore beaucoup d’incertitudes d’ici la prochaine récolte entraînant vraisemblablement une volatilité encore assez forte, sauf qu’aujourd’hui il est encore tôt pour pronostiquer une hausse ou une baisse des cours…

Alexis HAMON

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