Le début de l’année 2008 aura été celui des records. Sur le marché à
terme, le blé a touché les 250 €/t fin février, le colza a frôlé les 500 €/t et
le maïs sympathisait avec les 214 €/t. Sur le marché physique, l’orge de
brasserie récolte 2007 a dépassé les 300 €/T à la fin du mois de septembre.
Impressionnant !
Que peut-on espérer pour 2008 ? Exercice difficile, tant la volatilité est
importante. Risquons cependant quelques commentaires à l’aide de faits
majeurs.
Deux mauvaises récoltes auront suffi à multiplier
par deux le prix du blé en quelques mois.
Depuis les années 2000, nous n’avons cessé dans
le monde d’utiliser le stock. Celui-ci est ainsi
passé de 120 jours de réserves à moins de 60 jours
aujourd’hui.
Pour la récolte 2008, nous partons donc de bien bas.
Mais il fallait s’y attendre, une telle augmentation
des prix entraîne nécessairement des semis plus
importants, probablement de nouvelles terres
mises en culture, mais aussi des arbitrages entre
productions à la faveur du blé.
C’est ainsi que dans le monde, l’USDA estime
aujourd’hui la surface de blé récolte 2008 à
224,9 millions d’hectares, soit 7,4 millions de
plus que l’an passé. Le record de 1995/1996 n’est
pourtant pas battu. La sole de blé semée en 1996
s’était ainsi établie à 230,3 millions d’hectares.
Seulement voilà, en 2008, il faut produire de
tout… (pas seulement du blé) car le prix de toutes
les matières premières a largement évolué, ce qui
n’était pas le cas il y a 12 ans.
Dans ces conditions, sur la base d’un rendement
moyen à 2,75 t/ha, l’augmentation potentielle de
production par l’effet surface est d’environ 21 MT.
Ajoutez à cela la variabilité du rendement mondial et
vous aurez le chiffre de la récolte possible en 2008 !
Avec 2,7 t/ha (rendement plutôt faible) la production
mondiale de blé 2008 sera de 607 MT. Avec
2,9 t/ha, la production grimpe à 652 MT.
652 MT c’est peu ou prou ce que prévoit l’USDA
pour les mois à venir. Cette estimation intègre le
rendement mondial le plus élevé jamais connu…
Est-ce facilement réalisable ? Pas sûr…
| 2007/2008 | 2008/2009 | ||||
| Pessimiste | Median | Optimiste | USDA | ||
| Production | 606.40 | 618.50 | 629.70 | 652.20 | 656.70 |
| Surface | 217.50 | 224.90 | 224.90 | 224.90 | 224.90 |
A l’échelle du monde, l’une des périodes les plus critiques est l’hiver. Celui-ci ayant été plutôt clément pour les cultures de l’hémisphère nord, les prévisions se crédibilisent un peu plus chaque jour. Rien n’est encore joué, car l’Europe souffre parfois d’un mois de juin trop chaud et l’Australie peut connaître, pour la 8ème année consécutive, une sécheresse importante. Mais plus on avance dans le temps, plus les risques diminuent…
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Le maïs est de plus en plus consommé. Sur les
20 dernières années, la consommation mondiale
de maïs est passée de 474 MT en 1989 à 788 MT
en 2008 (prévision USDA). L’augmentation est de
66 %, soit une hausse annuelle de 2,57 % par an
(contre 0,95 % par an en moyenne pour le blé).
Cette augmentation est d’autant plus spectaculaire
depuis 8 ans, avec une hausse de la consommation
de 180 millions de tonnes, dont 55 millions de tonnes
attribuées à l’alimentation du bétail. Le reste est
absorbé en grande partie par le développement de
l’éthanol aux Etats-Unis.
Il faut donc produire du maïs et les "farmers
américains" sont en première ligne, avec leurs
300 à 330 MT de production annuelle (près de
40 % de la production mondiale).
Cet hiver, ils semblaient vouloir préférer le soja
pour ce printemps 2008, vu la flambée des cours.
Le soja devrait ainsi augmenter pour s’établir à
30 Mha contre 25 Mha l’an passé.
Finalement, deux mois après l’enquête de l’USDA,
compte tenu des conditions climatiques et de
l’évolution du prix de ces deux produits, le maïs
devrait garder une place honorable…
Largement utilisé en alimentation animale en
2007, du fait d’un blé trop cher, le maïs aura sans
doute un peu moins de succès cette année pour
cette utilisation.
Les perspectives à moyen terme restent toutefois
solides si l’on en croit les projections de la FAO.
La consommation de maïs à destination de l’éthanol
aux Etats-Unis devrait passer de 80 MT en 2007 à
110 MT en 2015, soit une augmentation de 30 MT,
ce qui représente 2 fois la récolte française…
En Europe, les chiffres sont beaucoup plus
modestes. Environ 4 MT de céréales dont seulement
500 000 T de maïs ont été utilisés pour l’éthanol en
2007 selon la commission européenne.
A moyen terme, cette culture semble promise à de beaux jours, à condition que les USA maintiennent leur politique actuelle en faveur des biocarburants.
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Si le maïs est préféré au soja Outre Atlantique,
c’est bon pour le colza, car ces deux produits sont
liés. Il y a certainement d’ailleurs un lien entre la
baisse importante des cours du colza courant mars
et les pronostics de l’USDA sur les intentions de
semis des Farmers.
Relativisons : entre le 1er et le 28 février, la graine
de colza sur le marché à terme a pris 80 €, soit
pratiquement 3 €/jour. Cela pouvait-il durer à cette
cadence ? La correction a été tout aussi rapide.
Dans le mois qui a suivi, la graine a perdu ce qu’elle
avait gagné, les craintes d’une moindre croissance
mondiale donc d’une moindre consommation
d’énergie, n’y étant d’ailleurs pas étrangères.
Quoiqu’il arrive, il faut de la graine oléagineuse :
les capacités de trituration sont là et la flambée
des cours du pétrole soutient l’ensemble des huiles
végétales. Conséquence, les triturateurs peuvent
payer la graine !
Ils réalisent aujourd’hui en colza une marge de
trituration d’environ 40 €/t, la même que l’an passé
à la même époque, bien que le prix de la graine ait été multiplié par 1,5.
D’autres éléments de fonds ont porté le colza. Vous en avez semé moins cette année !
Le COCERAL estime qu’il y a 34 000 ha de moins
de colza dans l’UE à 27 par rapport à l’an passé.
La France a perdu 121 000 ha, l’Allemagne
116 000 ha. Mais les pays d’Europe de l’Est ont
compensé cette baisse de surface. Les agriculteurs
de ces deux pays ont semé moins de colza… et plus
d’orge !
D’un point de vue des éléments fondamentaux, la
situation du colza paraît plutôt bonne, mais peut-il
encore monter ? N’oublions pas par ailleurs que le
colza, en lien avec les marchés de l’énergie, peut être sujet à de fortes variations spéculatives, à
la hausse comme à la baisse… Enfin, s’il devait
y avoir remise en cause des objectifs européens
d’incorporation, la donne serait changée…
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Pour l’orge de brasserie, l’année 2007 a été plutôt décevante tant pour les rendements que pour la qualité. Mais les prix ont là encore battu des records, atteignant parfois les 300 €/T payés producteur.
Pour 2008, les prix ont également touché des
sommets, même si une tendance baissière s’est
amorcée depuis plusieurs semaines. Les principales
raisons de cette tendance baissière sont sans doute
liées à deux éléments principaux :
- les prévisions de surfaces semées,
- le déroulement du cycle de cultures.
En France, le COCERAL estime la surface d’orge
de printemps à 525 000 ha soit 6 000 ha de plus
que l’an passé.
Au Danemark, gros producteur d’orge, la surface
serait de 550 000 ha contre 459 000 ha l’an passé.
En Allemagne, selon la même source, 24 000 ha
d’orge de printemps supplémentaires seraient
emblavés.
A l’échelle de l’union européenne à 27, environ 380
000 ha d’orge supplémentaires ont été semés…
On comprend mieux que l’organisme Emalt
estime la production nette brassicole dans l’union
européenne à 27 à un niveau supérieur de plus de
1 MT par rapport à l’an passé.
Là encore, relativisons. Certes les prix ont baissé,
mais ils restent excellents et les besoins sont là.
Ainsi, la consommation mondiale de bière pourrait
atteindre 2 milliards d’hectolitres à l’horizon 2015
! C’est dans ce contexte que Philippe LEHRMANN,
directeur commercial du groupe BOORTMALT,
annonçait en janvier dernier lors du colloque
Arvalis-Orge de brasserie, que les hypothèses de
consommation mondiale de bière à l’horizon 2012
faisaient naître des besoins d’orge de 625 000 T
par an !
Les perspectives sont alléchantes…
En conclusion, après un pic historique, les prix de
la récolte 2008 se sont détendus mais restent très
rémunérateurs. Pour l’ensemble des productions,
les perspectives semblent bonnes à moyen terme.
Le contexte particulier de l’année en blé et en orge
pourrait continuer d’éroder les prix si la bonne
récolte se confirme.
Gardons en tête qu’en cette période de tension et
de grande volatilité, la spéculation sur les matières
premières prend parfois le pas sur l’analyse
fondamentale...
Cyril COGNIARD
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