En cette période où les médias justifient la baisse du pouvoir d’achat par l’augmentation du prix des produits alimentaires, il est nécessaire de rétablir quelques vérités.
La hausse des prix alimentaires est certes
une réalité. Depuis le mois d’octobre dernier,
elle est continue sur 5 mois consécutifs. Une telle
accélération n’avait jamais été constatée pendant
la dernière décennie. Cette surchauffe est encore
plus impressionnante sur les produits d’entrée de
gamme. En effet, leur coût de production dépend
plus fortement des matières premières qui ont servi à leur fabrication. Les ménages les plus modestes
qui achètent déjà au prix le plus bas possible sont
les plus durement touchés par ces hausses.
Toutefois, avant d’accuser la folle ascension des
prix des produits agricoles comme principal
responsable de cet emballement, il est nécessaire
d’apporter quelques précisions :
Le cours du blé retrouve aujourd’hui son niveau
d’il y a quinze ans.
La grande distribution, la plupart des commentateurs
et des médias incriminent l’augmentation
des matières premières agricoles pour expliquer
cette hausse vertigineuse des prix à l’étal.
Pourtant, la hausse brutale des cours ne fait
que corriger la lente baisse des quinze dernières
années.
Ainsi, le prix de vente moyen du blé payé aux
agriculteurs champenois s’élevait à 207 €/t en
euros constants en 1992.
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Depuis la fin des années 70, l’alimentaire n’est
plus le premier budget des ménages. Les français
dépensent de moins en moins pour se nourrir. Par
contre, le logement et les transports ne cessent
d’augmenter et sont devenus les principaux postes
de dépenses des français.
Ainsi, la hausse des loyers et des transports,
représentant aujourd’hui 40 % des dépenses, a un
impact beaucoup plus fort sur le pouvoir d’achat
que la variation des prix alimentaires, l’alimentaire
représentant moins de 15 % du budget.
| 1960 | 1996 | 2006 | |
| Produits alimentaires | 26.4 | 14.7 | 13.7 |
| Articles d'habillement | 11.1 | 5.7 | 4.7 |
| Logement, chauffage, éclairage | 12.2 | 23.5 | 25.2 |
| Equipement du logement | 9.6 | 6.2 | 5.9 |
| Transports | 10.6 | 15.1 | 14.7 |
| Communication, loisirs, culture | 7.6 | 10.5 | 12.1 |
| Santé | 1.7 | 3.4 | 5.8 |
| Hotels, cafés, restaurants | 7.4 | 5.7 | 6.2 |
| Divers | 13.4 | 15.2 | 11.7 |
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A qui profitent les hausses des prix alimentaires ?
Une récente étude réalisée par la documentation
française apporte un éclairage intéressant :
De 20 %, il y a 20 ans, la part moyenne des
producteurs agricoles dans le prix final de leurs
produits vendus au consommateur est passée
aujourd’hui à 10 %.
Celle des entreprises de transformation (dont une
large majorité de PME) est passée de 40 à 35 % et
celle des grands distributeurs de 40 à 55 %.
D’ailleurs, les grands groupes de distribution cotés
en bourse annoncent de bons résultats pour 2007
et de bonnes perspectives 2008. Il en est de même
pour les géants agro-industriels comme Danone ou
Nestlé.
La flambée des prix est une occasion en or pour
eux afin de relever leurs tarifs.
En fait, les hausses des matières premières
agricoles sont souvent un prétexte pour permettre à chaque intermédiaire de conforter sa marge..
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Exemple du blé et du pain
L’exemple du prix du pain et du blé montre
une complète déconnexion entre le prix du blé
(tendance générale baissière depuis le début
des années 90) et le prix du pain qui n’a cessé de
progresser sur la période.
Prétexter la hausse du prix de la farine pour justifier
la hausse du prix du pain est donc inadapté.
D’ailleurs, le prix du blé a baissé de 30 % sur les
marchés sur les trois derniers mois ; avez-vous vu
le prix de votre baguette de pain baisser ?
Ces quelques réflexions permettent de mieux
situer le débat autour des prix alimentaires. |
Jean-Marie LETT
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