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Bulletins de liaison n°176

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Economie

SOMMAIRE

 

Hausse des prix alimentaires : les vérités cachées

En cette période où les médias justifient la baisse du pouvoir d’achat par l’augmentation du prix des produits alimentaires, il est nécessaire de rétablir quelques vérités.

La hausse des prix alimentaires est certes une réalité. Depuis le mois d’octobre dernier, elle est continue sur 5 mois consécutifs. Une telle accélération n’avait jamais été constatée pendant la dernière décennie. Cette surchauffe est encore plus impressionnante sur les produits d’entrée de gamme. En effet, leur coût de production dépend plus fortement des matières premières qui ont servi à leur fabrication. Les ménages les plus modestes
qui achètent déjà au prix le plus bas possible sont les plus durement touchés par ces hausses.
Toutefois, avant d’accuser la folle ascension des prix des produits agricoles comme principal responsable de cet emballement, il est nécessaire d’apporter quelques précisions :

Les cours du blé retrouvent leur niveau de 1992

Le cours du blé retrouve aujourd’hui son niveau d’il y a quinze ans.
La grande distribution, la plupart des commentateurs et des médias incriminent l’augmentation des matières premières agricoles pour expliquer cette hausse vertigineuse des prix à l’étal.
Pourtant, la hausse brutale des cours ne fait que corriger la lente baisse des quinze dernières années.
Ainsi, le prix de vente moyen du blé payé aux agriculteurs champenois s’élevait à 207 €/t en euros constants en 1992.

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L’alimentaire représente moins de 15 % du budget des ménages

Depuis la fin des années 70, l’alimentaire n’est plus le premier budget des ménages. Les français dépensent de moins en moins pour se nourrir. Par contre, le logement et les transports ne cessent d’augmenter et sont devenus les principaux postes de dépenses des français.
Ainsi, la hausse des loyers et des transports, représentant aujourd’hui 40 % des dépenses, a un impact beaucoup plus fort sur le pouvoir d’achat que la variation des prix alimentaires, l’alimentaire représentant moins de 15 % du budget.

Poids dans la valeur de la dépense de consommation
  1960 1996 2006
Produits alimentaires 26.4 14.7 13.7
Articles d'habillement 11.1 5.7 4.7
Logement, chauffage, éclairage 12.2 23.5 25.2
Equipement du logement 9.6 6.2 5.9
Transports 10.6 15.1 14.7
Communication, loisirs, culture 7.6 10.5 12.1
Santé 1.7 3.4 5.8
Hotels, cafés, restaurants 7.4 5.7 6.2
Divers 13.4 15.2 11.7

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Les agro-industriels et distributeurs profitent largement de la hausse des prix alimentaires

A qui profitent les hausses des prix alimentaires ?
Une récente étude réalisée par la documentation française apporte un éclairage intéressant :

  • La part des matières premières agricoles dans le prix de revient des produits transformés est de plus en plus faible. Le blé ne représente que 4 % du prix du pain ; le lait 10 à 30 % du prix de revient des produits laitiers transformés.
  • La grande distribution récupère sans partage une part toujours croissante de la valeur ajoutée des produits.

De 20 %, il y a 20 ans, la part moyenne des producteurs agricoles dans le prix final de leurs produits vendus au consommateur est passée aujourd’hui à 10 %.
Celle des entreprises de transformation (dont une large majorité de PME) est passée de 40 à 35 % et celle des grands distributeurs de 40 à 55 %.
D’ailleurs, les grands groupes de distribution cotés en bourse annoncent de bons résultats pour 2007 et de bonnes perspectives 2008. Il en est de même pour les géants agro-industriels comme Danone ou Nestlé.
La flambée des prix est une occasion en or pour eux afin de relever leurs tarifs.
En fait, les hausses des matières premières agricoles sont souvent un prétexte pour permettre à chaque intermédiaire de conforter sa marge..

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La déconnexion entre le prix des matières premières et le produit fini

Exemple du blé et du pain
L’exemple du prix du pain et du blé montre une complète déconnexion entre le prix du blé (tendance générale baissière depuis le début des années 90) et le prix du pain qui n’a cessé de progresser sur la période.

Prétexter la hausse du prix de la farine pour justifier la hausse du prix du pain est donc inadapté.
D’ailleurs, le prix du blé a baissé de 30 % sur les marchés sur les trois derniers mois ; avez-vous vu le prix de votre baguette de pain baisser ?

Ces quelques réflexions permettent de mieux situer le débat autour des prix alimentaires.
Oui la hausse des prix agricoles est réelle et bienvenue pour une majorité d’agriculteurs.
Non elle n’est pas la principale responsable de la hausse des prix alimentaires.

Jean-Marie LETT

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