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Bulletins de liaison n°176

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Economie

SOMMAIRE

 

Le développement des biocarburants est-il compromis ?

Sauveurs de la planète l’an passé, les biocarburants sont aujourd’hui le coupable idéal de la flambée des prix des matières premières agricoles et des émeutes de la faim.

Rappelez-vous, il y a un an : les biocarburants étaient une des solutions aux problèmes de la planète. Tous les pays envisageaient des programmes ambitieux de développement des biocarburants pour réduire la consommation d’énergie fossile et réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent désormais pour accuser les biocarburants et les rendre responsables de la crise mondiale de l’alimentation. Certains remettent même en cause le bilan environnemental des biocarburants.

Quel est le niveau de production actuelle des biocarburants ?

Le bioéthanol est de loin le biocarburant dont la production est la plus importante dans le monde.
Le Brésil et les Etats-Unis assurent à eux seuls près des trois quarts de la production mondiale.

Les 5 principaux pays producteurs d'ethanol
en Md litres 2004 2005 2006
Etats-Unis 16.2 19.8 26.0
Brésil 16.0 17.8 20.2
UE 2.8 3.4 4.0
Chine 3.5 3.5 3.7
Inde 1.1 1.6 2.3

Au sein de l’UE à 27, 3 pays produisent 65 % du volume d’éthanol européen : la France 28 %, l’Allemagne 22 % et l’Espagne 14 %.

Le saviez-vous ?
Au niveau mondial, un quart de la nourriture produite est jetée sans avoir été consommée.
Chaque maillon de la chaîne porte sa part de responsabilité. Ce sont d’abord les pertes liées au stockage non adapté, puis les exigences de la distribution qui écarte une partie non négligeable des récoltes. C’est ainsi que 12 % des pommes récoltées n’arrivent pas sur le marché.
Le gâchis continue chez les distributeurs et chez les ménages. Il s’agit de produits tout juste périmés par des réglementations trop exigeantes ou de mise au rebut par phobie d’intoxication alimentaire. D’après l’observatoire régional des déchets d’Ile de France, un repas servi dans une cantine municipale génère en moyenne 250 g de déchets alimentaires.
Il est sans doute politiquement plus correct et plus facile de s’attaquer aux biocarburants plutôt qu’à ce gigantesque gâchis...

 

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Quels sont les objectifs de développement des principaux producteurs ?

Le Brésil devrait produire 27,4 milliards de litres d’éthanol en 2008. Un peu plus de la moitié de la production de canne est transformée en éthanol. Il n’existe pas de mesures fiscales spécifiques, mais une contrainte quantitative : les essences distribuées au Brésil contiennent au moins 22 % de bio-éthanol. Le Brésil veut également devenir un grand exportateur d’éthanol. Ses exportations devraient atteindre 4,2 milliards de litres en 2008, principalement vers les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont un plan de développement ambitieux de l’éthanol. En décembre 2007, Georges W BUSH a signé l’acte de l’indépendance et de la sécurité énergétique. L’objectif est de faire passer la production d’éthanol de maïs à 56 milliards de litres en 2015 et à 136 milliards de litres en 2022. Afin d’assurer l’application de cet acte, le gouvernement américain a promis une subvention de 0,13 $ par litre d’éthanol.

L’UE a en projet un grand plan énergétique pour lutter contre le changement climatique et renforcer la sécurité énergétique : en 2020, 20 % de la palette énergétique globale de l’UE devrait être produite à partir de sources renouvelables. Concernant les transports, un objectif de 10 % de biocarburants est projeté pour 2020. Les biocarburants devront répondre à des critères de durabilité.

Critères de durabilité imposés aux biocarburants européens
La commission européenne a adopté des critères de durabilité qui seront demandés aux biocarburants éligibles au soutien public :
- Les biocarburants produits devront réduire d’au moins 35 % les émissions de gaz à effet de serre comparés aux carburants fossiles.
- Les matières premières utilisées ne devront pas avoir été produites sur des terres qui, en janvier 2008 étaient occupées par des forêts, des zones naturelles protégées, des zones humides ou des prairies permanentes en place depuis au moins 20 ans.
- Les matières premières devront être produites en respectant les critères de conditionnalité de la PAC.
- Les Etats membres devront mettre en place un dispositif de vérification des critères environnementaux : calcul des émissions de gaz à effet de serre, évaluation de différents itinéraires de production...

Les objectifs français sont également ambitieux. Ils s’élèvent à 7 % des carburants en 2010 et à 10 % au 31 décembre 2015. Deux dispositifs fiscaux soutiennent les biocarburants.

Les dispositifs fiscaux français en faveur des biocarburants
Réduction de la Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (TIPP). Elle s’élève à :
- 25 €/hl pour les esters méthyliques (diester) incorporés au gazole ou au fioul,
- 27 €/hl pour l’ETBE dont la composante alcool est d’origine agricole ou pour l’éthanol incorporé aux supercarburants.
Taxation des distributeurs de carburants n’atteignant pas les objectifs d’incorporation
Un prélèvement supplémentaire à la Taxe Généralisée sur les Activités Polluantes (TGAP) est mis en place sur les carburants d’origine fossile.
Cette taxe est due par les distributeurs de ces carburants. Elle est progressive et s’élève à 3,5 % pour 2007, 5,75 % en 2008, 6,25 % en 2009 et 7 % en 2010.
L’incorporation de biocarburants dans l’essence et le gazole permet néanmoins de réduire le taux de la taxe due à proportion des quantités incorporées.

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Les biocarburants sont-ils responsables de l’actuelle crise alimentaire ?

C’est la polémique du moment : le développement des biocarburants est accusé de provoquer un renchérissement insupportable des denrées de base dans les pays pauvres.

Ce type d’accusation est difficilement recevable. En effet, les deux principales cultures mobilisées par la production d’éthanol à l’échelle mondiale sont le maïs et la canne à sucre. Or, le prix du maïs et celui du sucre sont restés relativement sages comparés aux prix du blé et du riz, productions pourtant non mobilisées par les biocarburants.

Au niveau mondial, les biocarburants occupent moins de 1 % des terres arables. Certes, ils ont pris une place importante dans certains pays, comme les Etats-Unis où plus de 30 % du maïs produit sont destinés à la production d’éthanol.
Pour d’autres pays comme le Brésil, deuxième producteur mondial d’éthanol, ces accusations ne sont pas acceptables : la canne à sucre brésilienne occupe moins de 3 % des terres arables et environ 50 % sont destinés à la production d’éthanol.
Enfin pour l’UE cette accusation semble tout aussi injustifiée. Selon la Commission, moins de 4 % de la production de céréales et oléagineux ont été transformés en biocarburants en 2007. Les objectifs retenus en 2020 par l’UE mobiliseraient 15 % maximum des terres arables.
En France, il n’existe pas de conflit entre la production de cultures à usage alimentaire et celle destinée au développement des biocarburants.
Selon une étude menée par l’ONIGC et le Ministère de l’Agriculture, la ressource nationale en terres arables permet la réalisation de l’objectif françaisd’incorporation de 7 % en 2010, tout en préservant la capacité à répondre aux besoins alimentaires domestiques, et en préservant nos capacités d’exportation.
Au total, les ressources nouvelles en terres sont estimées entre 340 000 et 710 000 ha alors que les besoins nouveaux liés aux biocarburants sont estimés à 310 000 ha.

Bilan des surfaces à l'horizon 2010
  Besoins nouveaux Ressources nouvelles
Développement des biocarburants 310 000 ha  
Remise en culture d'une partie de la jachère   300 à 400 000 ha
Substitution partielle des céréales par les coproduits des biocarburants dans l'alimentation animale   40 à 310 000 ha
(*)
TOTAL 310 000 ha 340 à 710 000 ha

* Surfaces très dépendantes du rapport de prix blé / soja

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Ces accusations risquent-elles de remettre en cause les projets de développement ?

Le Brésil n’a pas l’intention de modifier son programme de développement : la production d’éthanol reste un élément important de sa politique de développement agricole.

Les candidats aux élections américaines ne remettent pas en cause les objectifs de développement initiés par Georges W BUSH. Seul John MAC CAIN a émis quelques critiques sur les aides financières apportées aux biocarburants.

En Europe, la commission est divisée : Mme FISHEL BOEL soutient le plan de développement prévu, tandis que la commissaire à l’environnement est plus critique. Sans revenir sur l’objectif de 10 % de biocarburants, la commission souhaite durcir les critères de durabilité pour les biocarburants, notamment par une augmentation progressive du critère de réduction de 35 % des gaz à effet de serre. L’UE envisage également de limiter les importations de biocarburants aux pays respectant les conventions internationales sur le climat, l’environnement et le travail. Enfin, Bruxelles envisage de supprimer l’aide de 45 €/ha aux cultures énergétiques.

JL. BORLOO et M. BARNIER ont rappelé que l’alimentation devait rester la priorité de la production agricole et qu’ils préféraient favoriser les biocarburants de deuxième génération sans remettre en cause pour autant les usines déjà construites.

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Avons-nous une réponse claire sur le bilan énergétique et environnemental des agrocarburants ?

Suite à différentes polémiques sur le sujet, le gouvernement français a confié une nouvelle étude à l’ADEME pour dresser le bilan énergétique et environnemental des biocarburants.
Les premières conclusions de cette étude confirment l’impact positif des biocarburants sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces réductions sont supérieures au seuil d’éligibilité (35 %) proposé dans le projet de directive européenne. De plus, le rendement énergétique (énergie produite divisée par énergie consommée) pour les filières biocarburants se situe entre 2 et 3, à comparer avec le rendement pour la filière fossile qui se situe à 0,9.
Un bilan positif s’impose donc aux détracteurs. Des progrès doivent toutefois encore être réalisés sur les techniques culturales pour limiter la consommation d’intrants.

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La France investit-elle dans les biocarburants de seconde génération ?

L’Allemagne a déjà ouvert une usine pilote de deuxième génération qui produira 180 000 hl de biodiesel par an. Toutefois, il est encore un peu tôt pour lancer de tels investissements, tant que les choix technologiques entre la voie chimique (choisie par les Allemands) et la voie biologique ne sont pas tranchés.
En France, le pilote industriel FUTUROL dédié aux agrocarburants de seconde génération par voie biologique va voir le jour à POMACLE dans le cadre du pôle de compétitivité IAR. C’est un projet mobilisant 80 millions d’euros. Toutefois, la première et la seconde génération ne sont pas dissociables. Le bioéthanol de seconde génération ne sera pas une réalité industrielle et économique avant 2015 et ne se fera pas sans l’expérience industrielle acquise par la première génération.

Notre avis
Les biocarburants ne sont pas le remède magique aux problèmes énergétiques et au réchauffement de la planète. A l’inverse, les biocarburants ne sont pas responsables non plus de la crise mondiale de l’alimentation.
La polémique actuelle va sans doute ralentir les investissements prévus sur la première génération, pour se reporter sur la deuxième.
Par contre, les usines actuellement en activité continueront à produire et permettront d’accélérer la mise au point de l’industrie de deuxième génération.

Jean-Marie LETT

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