Sauveurs de la planète l’an passé, les biocarburants sont aujourd’hui le coupable idéal de la flambée des prix des matières premières agricoles et des émeutes de la faim.
Rappelez-vous, il y a un an : les biocarburants étaient une des solutions aux problèmes
de la planète. Tous les pays envisageaient des
programmes ambitieux de développement des
biocarburants pour réduire la consommation
d’énergie fossile et réduire les émissions de gaz à
effet de serre.
Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent
désormais pour accuser les biocarburants et
les rendre responsables de la crise mondiale de
l’alimentation. Certains remettent même en cause
le bilan environnemental des biocarburants.
Le bioéthanol est de loin le biocarburant dont la
production est la plus importante dans le monde.
Le Brésil et les Etats-Unis assurent à eux seuls
près des trois quarts de la production mondiale.
| en Md litres | 2004 | 2005 | 2006 |
| Etats-Unis | 16.2 | 19.8 | 26.0 |
| Brésil | 16.0 | 17.8 | 20.2 |
| UE | 2.8 | 3.4 | 4.0 |
| Chine | 3.5 | 3.5 | 3.7 |
| Inde | 1.1 | 1.6 | 2.3 |
Au sein de l’UE à 27, 3 pays produisent 65 % du volume d’éthanol européen : la France 28 %, l’Allemagne 22 % et l’Espagne 14 %.
Le saviez-vous ? |
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Le Brésil devrait produire 27,4 milliards de litres d’éthanol en 2008. Un peu plus de la moitié de la production de canne est transformée en éthanol. Il n’existe pas de mesures fiscales spécifiques, mais une contrainte quantitative : les essences distribuées au Brésil contiennent au moins 22 % de bio-éthanol. Le Brésil veut également devenir un grand exportateur d’éthanol. Ses exportations devraient atteindre 4,2 milliards de litres en 2008, principalement vers les Etats-Unis.
Les Etats-Unis ont un plan de développement ambitieux de l’éthanol. En décembre 2007, Georges W BUSH a signé l’acte de l’indépendance et de la sécurité énergétique. L’objectif est de faire passer la production d’éthanol de maïs à 56 milliards de litres en 2015 et à 136 milliards de litres en 2022. Afin d’assurer l’application de cet acte, le gouvernement américain a promis une subvention de 0,13 $ par litre d’éthanol.
L’UE a en projet un grand plan énergétique pour lutter contre le changement climatique et renforcer la sécurité énergétique : en 2020, 20 % de la palette énergétique globale de l’UE devrait être produite à partir de sources renouvelables. Concernant les transports, un objectif de 10 % de biocarburants est projeté pour 2020. Les biocarburants devront répondre à des critères de durabilité.
Critères de durabilité imposés aux biocarburants
européens |
Les objectifs français sont également ambitieux. Ils s’élèvent à 7 % des carburants en 2010 et à 10 % au 31 décembre 2015. Deux dispositifs fiscaux soutiennent les biocarburants.
Les dispositifs fiscaux français en faveur des
biocarburants |
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C’est la polémique du moment : le développement des biocarburants est accusé de provoquer un renchérissement insupportable des denrées de base dans les pays pauvres.
Ce type d’accusation est difficilement recevable. En effet, les deux principales cultures mobilisées par la production d’éthanol à l’échelle mondiale sont le maïs et la canne à sucre. Or, le prix du maïs et celui du sucre sont restés relativement sages comparés aux prix du blé et du riz, productions pourtant non mobilisées par les biocarburants.
Au niveau mondial, les biocarburants occupent
moins de 1 % des terres arables. Certes, ils ont pris
une place importante dans certains pays, comme
les Etats-Unis où plus de 30 % du maïs produit
sont destinés à la production d’éthanol.
Pour d’autres pays comme le Brésil, deuxième
producteur mondial d’éthanol, ces accusations ne
sont pas acceptables : la canne à sucre brésilienne
occupe moins de 3 % des terres arables et environ
50 % sont destinés à la production d’éthanol.
Enfin pour l’UE cette accusation semble tout
aussi injustifiée. Selon la Commission, moins de
4 % de la production de céréales et oléagineux ont été transformés en biocarburants en 2007. Les
objectifs retenus en 2020 par l’UE mobiliseraient
15 % maximum des terres arables.
En France, il n’existe pas de conflit entre la
production de cultures à usage alimentaire et celle
destinée au développement des biocarburants.
Selon une étude menée par l’ONIGC et le Ministère
de l’Agriculture, la ressource nationale en terres
arables permet la réalisation de l’objectif françaisd’incorporation de 7 % en 2010, tout en préservant
la capacité à répondre aux besoins alimentaires
domestiques, et en préservant nos capacités
d’exportation.
Au total, les ressources nouvelles en terres sont
estimées entre 340 000 et 710 000 ha alors que
les besoins nouveaux liés aux biocarburants sont
estimés à 310 000 ha.
| Besoins nouveaux | Ressources nouvelles | |
| Développement des biocarburants | 310 000 ha | |
| Remise en culture d'une partie de la jachère | 300 à 400 000 ha | |
| Substitution partielle des céréales par les coproduits des biocarburants dans l'alimentation animale | 40 à 310 000 ha (*) |
|
| TOTAL | 310 000 ha | 340 à 710 000 ha |
* Surfaces très dépendantes du rapport de prix blé / soja
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Le Brésil n’a pas l’intention de modifier son programme de développement : la production d’éthanol reste un élément important de sa politique de développement agricole.
Les candidats aux élections américaines ne remettent pas en cause les objectifs de développement initiés par Georges W BUSH. Seul John MAC CAIN a émis quelques critiques sur les aides financières apportées aux biocarburants.
En Europe, la commission est divisée : Mme FISHEL BOEL soutient le plan de développement prévu, tandis que la commissaire à l’environnement est plus critique. Sans revenir sur l’objectif de 10 % de biocarburants, la commission souhaite durcir les critères de durabilité pour les biocarburants, notamment par une augmentation progressive du critère de réduction de 35 % des gaz à effet de serre. L’UE envisage également de limiter les importations de biocarburants aux pays respectant les conventions internationales sur le climat, l’environnement et le travail. Enfin, Bruxelles envisage de supprimer l’aide de 45 €/ha aux cultures énergétiques.
JL. BORLOO et M. BARNIER ont rappelé que l’alimentation devait rester la priorité de la production agricole et qu’ils préféraient favoriser les biocarburants de deuxième génération sans remettre en cause pour autant les usines déjà construites.
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Suite à différentes polémiques sur le sujet, le
gouvernement français a confié une nouvelle étude à l’ADEME pour dresser le bilan énergétique et
environnemental des biocarburants.
Les premières conclusions de cette étude confirment
l’impact positif des biocarburants sur la réduction
des émissions de gaz à effet de serre. Ces réductions
sont supérieures au seuil d’éligibilité (35 %)
proposé dans le projet de directive européenne. De
plus, le rendement énergétique (énergie produite
divisée par énergie consommée) pour les filières
biocarburants se situe entre 2 et 3, à comparer
avec le rendement pour la filière fossile qui se
situe à 0,9.
Un bilan positif s’impose donc aux détracteurs.
Des progrès doivent toutefois encore être réalisés
sur les techniques culturales pour limiter la
consommation d’intrants.
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L’Allemagne a déjà ouvert une usine pilote de
deuxième génération qui produira 180 000 hl de
biodiesel par an. Toutefois, il est encore un peu
tôt pour lancer de tels investissements, tant que
les choix technologiques entre la voie chimique
(choisie par les Allemands) et la voie biologique ne
sont pas tranchés.
En France, le pilote industriel FUTUROL dédié
aux agrocarburants de seconde génération par
voie biologique va voir le jour à POMACLE dans le
cadre du pôle de compétitivité IAR. C’est un projet
mobilisant 80 millions d’euros. Toutefois, la première et la seconde génération ne
sont pas dissociables. Le bioéthanol de seconde
génération ne sera pas une réalité industrielle
et économique avant 2015 et ne se fera pas sans
l’expérience industrielle acquise par la première
génération.
Notre avis |
Jean-Marie LETT
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