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Bulletins de liaison n°176

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Economie

SOMMAIRE

 

Délimitation de l’AOC Champagne : la carte au Trésor

Le 13 mars 2008, le comité national de l’INAO a validé le projet d’aire géographique de l’AOC Champagne. Entré dans une phase d’enquête publique jusqu’au 21 juin 2008, ce projet suscite bien des interrogations.

Une révision nécessaire

Dans une Champagne prospère, qui résiste de manière presque suspecte aux aléas économiques mondiaux, pourquoi vouloir réviser l’aire géographique de l’AOC ? En effet, une augmentation des capacités de production pourrait remettre en cause le fragile équilibre entre l’offre et la demande, pourtant si créateur de richesses en Champagne.
Mais à l’heure où les politiques, notamment européennes, prêchent pour un libéralisme débridé, il est illusoire d’espérer que notre terroir viticole s’inscrive comme une exception : aussi vrai que nous ne pouvons plus fixer le prix du kilo de raisin, nous ne pouvions plus empêcher les demandes de révision de délimitation pour toutes les communes de la zone d’élaboration (634 communes dont le savoir faire viticole est avéré mais qui n’ont pas forcément de vignes dans leur finage).

Le rapport des experts propose une liste de 675 communes pour la zone d’élaboration (la zone d’élaboration actuelle en compte 634) et une liste de 357 communes pour la zone de production des raisins (contre 319 aujourd’hui).
Les 40 nouvelles communes proposées pour intégrer la zone de production de raisins sont :
- Marne : Baslieux-lès-Fismes, Blacy, Boissy-le-Repos, Bouvancourt, Breuil-sur-Vesle, Bussy-le-Repos, Champfleury, Courlandon, Courcy, Courdemanges, Fismes, Huiron, La Ville-sous-Orbais, Le Thoult-Trosnay, Loivre, Montmirail, Mont-sur-Courville, Péas, Romain, Saint-Loup, Soulanges, Ventelay.
- Aisne : Marchais-en-Brie
- Aube : Arrelles, Balnot-la-Grange, Bossancourt, Bouilly, Etourvy, Fontvannes, Javernant, Laine-aux-Bois, Macey, Messon, Prugny, Saint-Germain-L’Epine, Souligny, Torvilliers, Villery.
- Haute-Marne : Champcourt et Harricourt.

En effet, un arrêt du Conseil d’Etat de 1995 à propos de la commune de Fontaine sur Aÿ, a obligé l’INAO à réviser le terroir de ce village qui n’avait pas été classé dans le cadre de la loi de 1927. Suite à cette affaire, 53 autres communes ont déposé une demande similaire, amorçant une extension sans cohérence des terroirs pré-établis.
Pour endiguer ce phénomène, et préserver l’image et la qualité du Champagne, le Syndicat Général des Vignerons a proposé en 2003 à l’INAO de bloquer les dossiers de révisions en cours et de mettre en chantier une révision globale de l’aire géographique de l’AOC Champagne.

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Un travail d’experts

Cet ambitieux projet fut confié à une commission d’experts composée d’une historienne, d’un géographe, d’un géologue, d’un agronome et d’un phytosociologue.
Au terme de leurs travaux, ces experts ont proposé d’ajouter 40 nouvelles communes à l’actuelle zone de production de raisins et d’en retirer deux. Pour faire partie de cette zone de production, les communes devaient être situées sur l’une des 3 grandes structures géologiques supportant le vignoble : Côte d’Ile de France, Côte de Champagne, Côte des Bar et vallées associées. Elles doivent offrir également des coteaux suffisamment développés par leur dénivelé et leur ampleur pour permettre l’implantation conséquente de vigne, tout en favorisant une insolation optimale.

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L’étape que tout le monde attend : la révision parcellaire

Une fois l’enquête publique terminée, l’INAO aura deux mois pour examiner les réclamations et, éventuellement, réviser le rapport définitif.
Ce n’est qu’après l’adoption de ce rapport qu’un décret permettra d’ouvrir le chantier de la révision parcellaire, début 2009.
L’INAO nommera alors une nouvelle commission d‘experts qui planchera, pendant environ 5 ans, sur la révision parcellaire des 40 nouvelles communes, comme des communes viticoles actuelles. Le résultat ne sera publié qu’une fois l’ensemble du travail de révision terminé, et sera également soumis à une enquête publique. Il faudra donc s’armer de patience jusqu’en 2015 avant de savoir si telle ou telle parcelle de terre sera reclassée en AOC !

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Il est urgent de ne rien faire

En effet, pour le moment, il n’est pas nécessaire de faire appel à un bureau d’études, car les critères de révision n’ont pas encore été définis, les experts jugeront par eux-mêmes de la conformité d’une parcelle aux exigences de l’AOC. L’exercice auquel se livrent certains, les probabilités de reclassement de tel ou tel terrain, reste donc périlleux et incertain. Aucune certitude à ce sujet n’est possible aujourd’hui.
La question qui reste en suspend est surtout celle du nombre d’hectares supplémentaires de cette révision parcellaire. Un tel chantier, par ses enjeux et sa complexité, ne peut pas, bien sûr, être ouvert régulièrement pour quelques centaines d’hectares en fonction des besoins du moment. A l’inverse, un large reclassement (certains parlent de plus de 10 000 hectares) pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la rareté et sur l’image du Champagne. Il faudra donc veiller à conserver la main, notamment vis-à-vis de l’Union Européenne, sur l’attribution des droits de plantation pour éviter un tel scénario catastrophe.

Bertrand TREPO

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