Le 13 mars 2008, le comité national de l’INAO a validé le projet d’aire géographique de l’AOC Champagne. Entré dans une phase d’enquête publique jusqu’au 21 juin 2008, ce projet suscite bien des interrogations.
Dans une Champagne prospère, qui résiste
de manière presque suspecte aux aléas économiques mondiaux, pourquoi vouloir réviser
l’aire géographique de l’AOC ? En effet, une
augmentation des capacités de production pourrait
remettre en cause le fragile équilibre entre l’offre
et la demande, pourtant si créateur de richesses
en Champagne.
Mais à l’heure où les politiques, notamment
européennes, prêchent pour un libéralisme débridé,
il est illusoire d’espérer que notre terroir viticole
s’inscrive comme une exception : aussi vrai que
nous ne pouvons plus fixer le prix du kilo de raisin,
nous ne pouvions plus empêcher les demandes de
révision de délimitation pour toutes les communes
de la zone d’élaboration (634 communes dont le
savoir faire viticole est avéré mais qui n’ont pas
forcément de vignes dans leur finage).
Le rapport des experts propose une liste de 675 communes pour la zone d’élaboration
(la zone d’élaboration actuelle en compte 634) et une liste de 357 communes pour la
zone de production des raisins (contre 319 aujourd’hui). |
En effet, un arrêt du Conseil d’Etat de 1995 à propos
de la commune de Fontaine sur Aÿ, a obligé l’INAO à réviser le terroir de ce village qui n’avait pas été
classé dans le cadre de la loi de 1927. Suite à cette
affaire, 53 autres communes ont déposé une demande
similaire, amorçant une extension sans cohérence
des terroirs pré-établis.
Pour endiguer ce phénomène, et préserver l’image
et la qualité du Champagne, le Syndicat Général
des Vignerons a proposé en 2003 à l’INAO de
bloquer les dossiers de révisions en cours et de
mettre en chantier une révision globale de l’aire
géographique de l’AOC Champagne.
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Cet ambitieux projet fut confié à une commission
d’experts composée d’une historienne, d’un
géographe, d’un géologue, d’un agronome et d’un
phytosociologue.
Au terme de leurs travaux, ces experts ont proposé
d’ajouter 40 nouvelles communes à l’actuelle zone
de production de raisins et d’en retirer deux.
Pour faire partie de cette zone de production, les
communes devaient être situées sur l’une des
3 grandes structures géologiques supportant le
vignoble : Côte d’Ile de France, Côte de Champagne,
Côte des Bar et vallées associées. Elles doivent
offrir également des coteaux suffisamment
développés par leur dénivelé et leur ampleur pour
permettre l’implantation conséquente de vigne,
tout en favorisant une insolation optimale.
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Une fois l’enquête publique terminée, l’INAO
aura deux mois pour examiner les réclamations
et, éventuellement, réviser le rapport définitif.
Ce n’est qu’après l’adoption de ce rapport qu’un
décret permettra d’ouvrir le chantier de la révision
parcellaire, début 2009.
L’INAO nommera alors une nouvelle commission
d‘experts qui planchera, pendant environ 5 ans, sur
la révision parcellaire des 40 nouvelles communes,
comme des communes viticoles actuelles. Le résultat
ne sera publié qu’une fois l’ensemble du travail
de révision terminé, et sera également soumis à
une enquête publique. Il faudra donc s’armer de
patience jusqu’en 2015 avant de savoir si telle ou
telle parcelle de terre sera reclassée en AOC !
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En effet, pour le moment, il n’est pas nécessaire de
faire appel à un bureau d’études, car les critères
de révision n’ont pas encore été définis, les experts
jugeront par eux-mêmes de la conformité d’une
parcelle aux exigences de l’AOC. L’exercice auquel
se livrent certains, les probabilités de reclassement
de tel ou tel terrain, reste donc périlleux et
incertain.
Aucune certitude à ce sujet n’est possible
aujourd’hui.
La question qui reste en suspend est surtout celle
du nombre d’hectares supplémentaires de cette
révision parcellaire. Un tel chantier, par ses enjeux
et sa complexité, ne peut pas, bien sûr, être ouvert
régulièrement pour quelques centaines d’hectares
en fonction des besoins du moment. A l’inverse,
un large reclassement (certains parlent de plus de
10 000 hectares) pourrait avoir des conséquences
désastreuses sur la rareté et sur l’image du
Champagne. Il faudra donc veiller à conserver la
main, notamment vis-à-vis de l’Union Européenne,
sur l’attribution des droits de plantation pour éviter
un tel scénario catastrophe.
Bertrand TREPO
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