La crise financière actuelle met à mal un système basé sur ce que les
financiers appellent la titrisation. La titrisation est une pratique utilisée par
les banques pour réduire les risques pris sur les prêts bancaires grâce à
la bourse. C’est une mécanique très complexe mise en place par des
mathématiciens de haut niveau… Cette crise financière, on l’appelle aussi
la crise des subprimes. Qu’est-ce qu’un subprime ? Comment tout ceci a
démarré ? Découvrons ensemble cette tragédie en trois actes.
Tout commence en 2004. Nombre de ménages américains aux revenus peu élevés veulent acheter une maison et ne plus louer l’appartement dans lequel ils vivent. M. et Mme Doe gagnent 3 500 $ par mois. Ils ont des prêts à la consommation pour 1 000 $ par mois et veulent acheter une maison valant 250 000 $. Avec un prêt à 5 % sur 30 ans, la mensualité est de 1 400 $... Vu leur endettement actuel, la banque refuse le financement. Ils font alors appel à un autre organisme qui leur fait une proposition intéressante. Un prêt sur 30 ans dont les 3 premières années seront allégées car le capital ne sera pas remboursé. Le taux appliqué (5 %) leur donne une mensualité à 1 000 $ pendant ces 3 années. Ensuite, ils devront renégocier leur emprunt. Mais, en 2004 l’immobilier flambe ! M. et Mme Doe sont persuadés que leur maison vaudra 300 000 $ ou peut-être même 350 000 $... Ils n’auront alors aucun problème pour refinancer ce qu’il restera sur la maison, quitte à rallonger la durée… Et, avec un peu de chance, leur salaire aura fortement progressé. Ce qu’ils ont oublié, c’est que s’ils ne trouvent pas à refinancer, le contrat prévoit que le taux passera à 12 % et la mensualité à 1 600 $ pour les 27 années restantes.
En 2005 et 2006 l’immobilier du quartier où
ont investi M et Mme Doe a baissé… En effet,
le quartier n’a jamais été prisé et la qualité des
constructions déçoit. Leurs revenus n’ont pas évolué et leur encours de crédit à la consommation
n’a pas baissé… Ils se retrouvent donc en 2007
avec un crédit immobilier de 250 000 $ pour une
maison valant désormais 200 000 $ et un crédit à
rembourser qui grimpe de 600 $ ! Sur leurs revenus
de 3 500 $, il leur reste donc 900 par mois…
Ils se retrouvent en faillite personnelle sans
maison car elle a été saisie, mais pour une valeur
de 200 000 $ et avec un crédit de 70 000 $ qu’ils
remboursent sur 25 ans…
Ils ne sont pas les seuls dans ce cas. Les prix
de l’immobilier de ces quartiers peu attrayants
plongent ! Environ 600 000 ménages sont dans
ce cas. Les maisons saisies perdent de la valeur
et c’est au tour des financiers d’être impactés par
cette crise. Combien valent les maisons saisies non
encore revendues ?
La contagion s’étend sur les places financières
car les mécanismes de titrisation ont permis à
ces sociétés de crédit peu regardantes de partager
leurs risques avec des fonds de pension et d’autres
banques. Il s’agit de prêt à des taux très hauts sur
des biens immobiliers hypothéqués dont personne
n’imagine qu’ils peuvent baisser ! Un placement
sûr et rentable à première vue.
Ce phénomène justifie-t-il l’ampleur de la crise
actuelle ? Il est probable que non, mais comme
toute réaction des marchés, une correction
mathématique est toujours liée à une perte de
confiance et à un vent de panique. Cela nous
laisse donc des opportunités sur des valeurs trop
lourdement sanctionnées !
Cette histoire a peu de chances de se produire en
France, au moins à cette échelle. En effet, nous
sommes beaucoup moins endettés que nos voisins
d’outre Atlantique. Notre optimisme n’est pas
aussi fort pour nous amener à nous endetter sur
des revenus futurs hypothétiques.
Espérons que nous saurons tirer les leçons de cette
histoire, une bulle éclate toujours, mais restons
optimistes et sachons tirer profit des opportunités
en prenant des risques mesurés. C’est le métier
des entrepreneurs, votre métier !
Boris SAUVAGE
[haut]