Malgré des rendements inférieurs aux moyennes sur cinq ans, la hausse exponentielle des prix de vente permettra en moyenne d’atteindre un revenu agricole jamais atteint au cours des quinze dernières années.
Ainsi, le revenu agricole moyen en Champagne Crayeuse devrait approcher 500 € par hectare, alors que la moyenne sur cinq ans est proche de 350 € par hectare.
Mieux encore, les revenus agricoles des exploitations non diversifiées (systèmes céréales et oléoprotéagineux) de la Brie ou du Vallage seront eux aussi proches de 500 € par hectare. La moyenne des cinq dernières années ne dépassait pas 250 € par hectare.
Cependant, l’hétérogénéité rencontrée cette année dans les revenus sera également très forte. En effet, aux écarts habituels des rendements vient s’ajouter une hétérogénéité inconnue jusqu’alors, celle des prix.
Certains céréaliers ayant choisi de vendre tôt ne dépasseront guère 130 € par tonne. D’autres, opportunistes, chanceux, ou ayant fait une bonne utilisation des marchés à terme, atteindront le double, soit 260 € par tonne. A cela s’ajoutent parfois des difficultés à respecter les contrats d’engagement. Finalement, cette campagne laissera aussi beaucoup d’amertume chez certains.
Après plusieurs années de morosité, les éleveurs laitiers retrouveront également le sourire. Avec quelques mois de retard par rapport aux céréales, et pour la première fois depuis 2004, le prix du lait est reparti à la hausse.
La progression sans précédent des prix des céréales se répercute directement dans les tarifs des aliments du bétail.
Les éleveurs de volailles et de porcs sont pris en étau. D’un côté, le coût de production du kilo de porc augmente de 25 %. De l’autre, le prix du porc payé aux éleveurs n’augmente pas pour le moment.
Prix de revient du kilo de porc net produit (élevages de la région)
| 2005/2006 | 2007 | |
| Prix de revient total €/kg | 1,18 | 1,50 |
| Dont alimentation | 0,58 | 0,90 |
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La forte hausse des revenus risque d’entraîner un ressaut fiscal et social important. Il serait dommage, après plusieurs années moyennes, que ce bon niveau de revenu profite avant tout … à l’Etat.
Pour éviter cela, le maître mot est anticipation.
Les comptables et ingénieurs conseil CDER seront sur le pont cet automne pour :
Les dispositifs à votre disposition sont nombreux : anticipation de charges, DPI, stockage, quotient, changement d’options fiscales et sociales, PEE, PERCO, retraite complémentaire, IS …. Ils doivent être réfléchis au cas par cas et surtout pour la plupart anticipés avant la clôture comptable.
Cette flambée des prix des céréales a pour conséquence de mettre en péril beaucoup de petites productions ou de nouvelles productions émergentes :
Il est normal que les producteurs demandent une réévaluation de la rémunération de ces cultures diversifiées, mais de quel niveau ?
S’aligner sur un prix du blé à 150 € par tonne, c’est sans doute possible, mais pas sur un prix de 300 € par tonne (cotation d’une seule journée).
Certains producteurs sont tentés par l’abandon de leurs cultures diversifiées au profit de céréales et de colza pour leur assolement 2008 :
Pourtant, ce choix serait une grave erreur à plusieurs titres.
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Le graphique 1 compare le revenu agricole moyen par hectare obtenu depuis 1980 en Champagne Crayeuse et en Brie.
Sur les ving-huit dernières années, le revenu champenois est supérieur de 170 € par hectare en moyenne. A quoi tient cet écart ?
A une productivité supérieure en Champagne ?

Le graphique 2 montre que ce n’est pas le cas. Certes, le rendement du blé est supérieur de 6 quintaux par hectare en Champagne, mais les charges proportionnelles sont elles aussi supérieures, d’où une marge brute moyenne sur huit ans pratiquement identique entre les deux régions.
L’écart de revenu provient pour l’essentiel de la diversité de l’assolement. Ce sont les betteraves bien sûr, mais aussi la luzerne, les pommes de terre fécule et consommation, les graminées fourragères, les légumes industriels … qui sont à l’origine de cet écart de revenu.
En France, les cours élevés actuels des céréales et oléagineux ne doivent pas faire oublier les dix années de disette précédentes. Durant cette période, les régions spécialisées en cultures COP (Lorraine, Bourgogne, Brie) ont beaucoup souffert de leur non diversification.
Pour faire face aux faibles cours, ces agriculteurs ont activé le seul levier à leur disposition, c'est-à-dire l’écrasement des coûts : optimisation de la main-d’œuvre et du matériel par simplification des itinéraires culturaux et agrandissement.
Ainsi, un département comme la Haute Marne - dont les céréales et le colza représentent près de 95 % des cultures de vente - a vu disparaître un nombre important d’exploitations pour s’adapter. La taille moyenne s’élève à 165 hectares contre 134 hectares dans la Marne.
Thomas HAZOUARD a parcouru le monde agricole pendant un an. Il nous explique dans l’encadré ci contre pourquoi les grandes régions agricoles mondiales dépensent beaucoup d’argent pour diversifier leur production.
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Exemple de trois grandes régions agricoles dans le monde qui veulent par tous les moyens diversifier leur assolement Mallée Victoria – Australia Shandong – China Punjab – Inde |
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Cette hausse exceptionnelle et rapide des prix des céréales et oléagineux est-elle durable ?
On peut penser que les niveaux atteints actuellement ne pourront pas se maintenir, pour plusieurs raisons :
Les fonds d’investissements sont en partie responsables de cette hausse exponentielle. Sur le marché à terme de Chicago, ces fonds détiennent environ 50 % des contrats agricoles. Dès que des signes de retournement de tendance apparaîtront, ces fonds seront les premiers à quitter le navire et feront baisser les marchés aussi vite qu’ils les ont fait monter.
Pour autant, les prévisionnistes sont unanimes pour dire que les prix mondiaux des céréales dans les dix prochaines années devraient se maintenir, en dollars courants, nettement au-dessus du niveau moyen de la décennie écoulée.
Ainsi, un rapport conjoint de l’OCDE et de la FAO ainsi qu’une étude du Ministère de l’Agriculture américain arrivent aux mêmes conclusions : les prix mondiaux du blé pour la décennie 2007/2016 sont estimés à 188 $ par tonne, et ceux du soja à 301 $ par tonne, soit une baisse par rapport aux cours actuels, mais des hausses respectives de 29 et 20 % par rapport aux prix de la période 1997/2006.
Le développement des filières nécessite souvent des investissements importants synonymes de vision à long terme, synonymes aussi d’approvisionnements sécurisés et stables.
Aucune activité agro-industrielle ne peut se développer sans la sécurité de son approvisionnement.
Ne nous laissons pas griser par les cours « hors normes » actuels. Sachons en profiter tout en préservant les filières qui ont façonné la prospérité de la Champagne. Regardons au-delà des deux années à venir et prenons en compte quelques faits importants avant de prendre nos décisions d’assolement :
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Jean-Marie LETT
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