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Bulletins de liaison n°172

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Economie

Raison garder

2007 : des rendements à oublier, mais un revenu à mettre dans les annales

Malgré des rendements inférieurs aux moyennes sur cinq ans, la hausse exponentielle des prix de vente permettra en moyenne d’atteindre un revenu agricole jamais atteint au cours des quinze dernières années.
Ainsi, le revenu agricole moyen en Champagne Crayeuse devrait approcher 500 € par hectare, alors que la moyenne sur cinq ans est proche de 350 € par hectare.
Mieux encore, les revenus agricoles des exploitations non diversifiées (systèmes céréales et oléoprotéagineux) de la Brie ou du Vallage seront eux aussi proches de 500 € par hectare. La moyenne des cinq dernières années ne dépassait pas 250 € par hectare.

Cependant, l’hétérogénéité rencontrée cette année dans les revenus sera également très forte. En effet, aux écarts habituels des rendements vient s’ajouter une hétérogénéité inconnue jusqu’alors, celle des prix.
Certains céréaliers ayant choisi de vendre tôt ne dépasseront guère 130 € par tonne. D’autres, opportunistes, chanceux, ou ayant fait une bonne utilisation des marchés à terme, atteindront le double, soit 260 € par tonne. A cela s’ajoutent parfois des difficultés à respecter les contrats d’engagement. Finalement, cette campagne laissera aussi beaucoup d’amertume chez certains.

Après plusieurs années de morosité, les éleveurs laitiers retrouveront également le sourire. Avec quelques mois de retard par rapport aux céréales, et pour la première fois depuis 2004, le prix du lait est reparti à la hausse.

Le bonheur des céréaliers fait le malheur des éleveurs hors sol

La progression sans précédent des prix des céréales se répercute directement dans les tarifs des aliments du bétail.
Les éleveurs de volailles et de porcs sont pris en étau. D’un côté, le coût de production du kilo de porc augmente de 25 %. De l’autre, le prix du porc payé aux éleveurs n’augmente pas pour le moment.

Prix de revient du kilo de porc net produit (élevages de la région)

  2005/2006 2007
Prix de revient total €/kg 1,18 1,50
Dont alimentation 0,58 0,90

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Ce bon revenu des céréaliers doit profiter avant tout à nos adhérents

La forte hausse des revenus risque d’entraîner un ressaut fiscal et social important. Il serait dommage, après plusieurs années moyennes, que ce bon niveau de revenu profite avant tout … à l’Etat.
Pour éviter cela, le maître mot est anticipation.

Les comptables et ingénieurs conseil CDER seront sur le pont cet automne pour :

  • estimer votre revenu 2007,
  • anticiper les conséquences fiscales et sociales de celui-ci,
  • mettre en œuvre les dispositifs d’optimisation les mieux adaptés à votre situation,
    afin que ce bon revenu profite avant tout à vous.

Les dispositifs à votre disposition sont nombreux : anticipation de charges, DPI, stockage, quotient, changement d’options fiscales et sociales, PEE, PERCO, retraite complémentaire, IS …. Ils doivent être réfléchis au cas par cas et surtout pour la plupart anticipés avant la clôture comptable.

Pour autant, il faut garder la tête froide

Cette flambée des prix des céréales a pour conséquence de mettre en péril beaucoup de petites productions ou de nouvelles productions émergentes :

  • semences fourragères,
  • fécules,
  • légumes de conserve,
  • éthanol blé ou betteraves …

Il est normal que les producteurs demandent une réévaluation de la rémunération de ces cultures diversifiées, mais de quel niveau ?
S’aligner sur un prix du blé à 150 € par tonne, c’est sans doute possible, mais pas sur un prix de 300 € par tonne (cotation d’une seule journée).

Certains producteurs sont tentés par l’abandon de leurs cultures diversifiées au profit de céréales et de colza pour leur assolement 2008 :

  • c’est le choix de la simplification et de la réduction des temps de travaux,
  • c’est la quasi assurance de profiter en 2008 d’une conjoncture prix qui reste élevée sur ces productions.

Pourtant, ce choix serait une grave erreur à plusieurs titres.

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La diversité des cultures a fait la prospérité de la Champagne

Evolution des revenus

 

Le graphique 1 compare le revenu agricole moyen par hectare obtenu depuis 1980 en Champagne Crayeuse et en Brie.
Sur les ving-huit dernières années, le revenu champenois est supérieur de 170 € par hectare en moyenne. A quoi tient cet écart ?

A une productivité supérieure en Champagne ?

 

 

Marge brute blé

Le graphique 2 montre que ce n’est pas le cas. Certes, le rendement du blé est supérieur de 6 quintaux par hectare en Champagne, mais les charges proportionnelles sont elles aussi supérieures, d’où une marge brute moyenne sur huit ans pratiquement identique entre les deux régions.
L’écart de revenu provient pour l’essentiel de la diversité de l’assolement. Ce sont les betteraves bien sûr, mais aussi la luzerne, les pommes de terre fécule et consommation, les graminées fourragères, les légumes industriels … qui sont à l’origine de cet écart de revenu.

 

Beaucoup de régions en France et dans le monde envient nos assolements diversifiés

En France, les cours élevés actuels des céréales et oléagineux ne doivent pas faire oublier les dix années de disette précédentes. Durant cette période, les régions spécialisées en cultures COP (Lorraine, Bourgogne, Brie) ont beaucoup souffert de leur non diversification.
Pour faire face aux faibles cours, ces agriculteurs ont activé le seul levier à leur disposition, c'est-à-dire l’écrasement des coûts : optimisation de la main-d’œuvre et du matériel par simplification des itinéraires culturaux et agrandissement.
Ainsi, un département comme la Haute Marne - dont les céréales et le colza représentent près de 95 % des cultures de vente - a vu disparaître un nombre important d’exploitations pour s’adapter. La taille moyenne s’élève à 165 hectares contre 134 hectares dans la Marne.

Thomas HAZOUARD a parcouru le monde agricole pendant un an. Il nous explique dans l’encadré ci contre pourquoi les grandes régions agricoles mondiales dépensent beaucoup d’argent pour diversifier leur production.

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Exemple de trois grandes régions agricoles dans le monde qui veulent par tous les moyens diversifier leur assolement

Mallée Victoria – Australia
Blé / Orge / Colza
L’état du sud de l’Australie où est située la ville de Melbourne est un grand état agricole. Pour preuve, on l’appelle le « Garden State » : l’état jardin. A 400 km au nord de la deuxième ville du pays, les pluies se font plus rares (100 à 300 mm) et les assolements deviennent peu diversifiés : blé, orge, colza. Cette région de polyculture élevage s’est progressivement spécialisée dans ces trois cultures d’exportation. Pour des raisons d’appauvrissement du sol, de résistance aux herbicides, d’érosion, de répartition du risque, les agriculteurs investissent depuis plus de dix ans dans les légumineuses : pois chiches, lentilles, féverolles, pois … Le « Birchip cropping group » et ses ingénieurs ou consultants du clima se relaient et amplifient les démarches pour le développement de ces cultures.

Shandong – China
Blé / Maïs
Dans le bassin du fleuve jaune, au sud de Pékin, les paysans chinois ont été habitués à produire intensément blé (novembre/mai) et maïs (mai/octobre) pour nourrir une population dépassant le milliard. Depuis que l’Etat n’oblige plus les agriculteurs à payer la taxe sous forme de denrées alimentaires, et depuis que les agriculteurs ont davantage de flexibilité dans leurs assolements, le mot d’ordre est la diversification. Ils s’appliquent à produire notamment des fruits (fraises, pommes) ou des légumes (ail, oignon, pommes de terre …) pour les marchés des grandes villes ou pour des exportations. Dans les deux cas, cela leur permet de diversifier leurs assolements et d’assurer de meilleurs revenus.

Punjab – Inde
Blé / Maïs
Les ressources en eau se font de plus en plus rares dans le grenier à blé de l’Inde. L’université de Ludhiana et les groupes d’agriculteurs s’investissent énormément pour diversifier les productions agricoles. Ils s’engagent dans des productions piscicoles, des élevages de porcs ou de volailles, des productions d’huile ou d’alcool de fleurs ou de graines. Aussi, les énergies et les investissements sont nombreux dans les secteurs des fruits et légumes, que ce soit pour le marché du frais ou pour l’industrie. Ces secteurs, dont la valeur ajoutée pour les producteurs est meilleure, sont à la source de la diversification des assolements des exploitations.

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La réflexion stratégique d’une exploitation agricole ne se bâtit pas avec la spéculation permanente

Cette hausse exceptionnelle et rapide des prix des céréales et oléagineux est-elle durable ?

On peut penser que les niveaux atteints actuellement ne pourront pas se maintenir, pour plusieurs raisons :

  • Certains pays dans le monde (Russie, Ukraine, Brésil, …) disposent de surfaces cultivables importantes non exploitées actuellement. Les prix actuels vont les encourager à mettre en culture ces surfaces.
  • 2007 est la deuxième mauvaise récolte mondiale consécutive. Statistiquement, il est probable de retrouver de bonnes récoltes en quantité assez rapidement.

Les fonds d’investissements sont en partie responsables de cette hausse exponentielle. Sur le marché à terme de Chicago, ces fonds détiennent environ 50 % des contrats agricoles. Dès que des signes de retournement de tendance apparaîtront, ces fonds seront les premiers à quitter le navire et feront baisser les marchés aussi vite qu’ils les ont fait monter.

Pour autant, les prévisionnistes sont unanimes pour dire que les prix mondiaux des céréales dans les dix prochaines années devraient se maintenir, en dollars courants, nettement au-dessus du niveau moyen de la décennie écoulée.
Ainsi, un rapport conjoint de l’OCDE et de la FAO ainsi qu’une étude du Ministère de l’Agriculture américain arrivent aux mêmes conclusions : les prix mondiaux du blé pour la décennie 2007/2016 sont estimés à 188 $ par tonne, et ceux du soja à 301 $ par tonne, soit une baisse par rapport aux cours actuels, mais des hausses respectives de 29 et 20 % par rapport aux prix de la période 1997/2006.

La volatilité des assolements, c’est l’ennemi des filières

Le développement des filières nécessite souvent des investissements importants synonymes de vision à long terme, synonymes aussi d’approvisionnements sécurisés et stables.
Aucune activité agro-industrielle ne peut se développer sans la sécurité de son approvisionnement.

Ne nous laissons pas griser par les cours « hors normes » actuels. Sachons en profiter tout en préservant les filières qui ont façonné la prospérité de la Champagne.

Regardons au-delà des deux années à venir et prenons en compte quelques faits importants avant de prendre nos décisions d’assolement :

  • La transformation locale est un atout très important dans la compétition mondiale : elle assure un débouché à nos productions, et dans une région enclavée comme la nôtre, elle réduit fortement les coûts logistiques.
  • Le non alimentaire, au travers des biocarburants (éthanol, diester) et des biomatériaux (fécule, chanvre …), est à moyen terme un débouché prometteur pour nos productions.
  • La Champagne est la région la plus compétitive en Europe pour la production betteravière : haute productivité, faible tare terre, facilité de récolte …
  • La Champagne est la première région productrice de semences fourragères en France avec 30 % de la production. La qualité de la production régionale explique la présence de la quasi-totalité des établissements multiplicateurs.
  • L’évolution des contraintes environnementales vers la réduction de la fumure azotée et des produits phytosanitaires donnera des atouts essentiels à la luzerne.

Jean-Marie LETT

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