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Bulletins de liaison n°166

Rapport d'orientation | Conseil d'administration

Rapport d'orientation
par Pierre CHEVAL, Président

Mesdames, messieurs, Chers Amis,

Le traditionnel rapport d'orientation que le Président présente au nom de son conseil d'administration pourrait légitimement refléter ce demi-siècle d'existence, et durer plusieurs heures. Il y a tant à dire !

...Pour cette raison, je vais m'en tenir à l'essentiel; c'est à dire, après un clin d'oeil à notre histoire, en réaffirmant les quelques principes qui ont fait CDER, et dont nous ne souhaitons pas nous écarter d'un pouce !

Arrêtons-nous un instant sur ces 50 ans qui se sont écoulés à grande vitesse, surtout pour nos fondateurs. Nous n'allons pas repasser l'histoire agricole et viticole de notre région. Cela a déjà été fait et particulièrement bien fait avec des films, des livres, des grandes assemblées comme aujourd'hui. Nous-mêmes, lors de notre 40ème anniversaire il y a 10 ans, avions contribué à mettre en forme la mémoire collective de la région.

Simplement je veux rappeler comment CDER s'est inscrit dans cette Histoire, autour d'un mot que vous m'entendrez répéter à plusieurs reprises : "ensemble".

Ensemble, adhérents et collaborateurs.

Ensemble dès le début avec Philippe NEESER, Président fondateur et Georges CASSABOIS, premier salarié et premier directeur jusqu'à sa retraite en 1995.

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1956 - 1965 : L'ère des pionniers

C'étaient nos débuts, avec pour mission essentielle de faire découvrir la gestion, afin de vérifier que l'on gagne sa vie, ou que l'on peut faire face aux emprunts nécessités par la mécanisation et le défrichage de 100 000 hectares. Ainsi nous étions déjà ensemble pour découvrir la gestion.

1965 - 1975 : L'ère des entrepreneurs

L'ère des entrepreneurs (betterave, luzerne, taurillons) pour nos adhérents de l'époque, même si cette notion d'entrepreneurs n'a été pleinement acceptée que bien plus tard, dans les années 2000. C'était l'arrivée de la fiscalité (TVA et bénéfice réel), et tout est devenu particulièrement complexe. Ensemble pour comprendre cet univers très hermétique venu d'une autre planète, la fiscalité, à laquelle il nous a fallu très rapidement associer le juridique, dès 1973.

1975 - 1985 : L'ère des gestionnaires

Nous nous sommes vite rendus compte que, pour améliorer le revenu, il fallait jouer sur le levier du développement du chiffre d'affaires certes, mais aussi, et en même temps, sur celui des charges. Nous avons alors été ensemble pour optimiser. Pour cela, il a fallu nous mettre à l'informatique, écrire des programmes comme Vitigestion ou Agrigestion, devenu ensuite Agrimap, pour tous nos adhérents qui avaient bien perçu les immenses possibilités de l'informatique : organiser, classer, mettre en mémoire, comparer, bref, gérer.

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1985 - 1995 : L'ère de la réflexion

Imposée par la fin d'un modèle de développement proposé par le traité de Rome, mis en oeuvre avec enthousiasme et sans faille par les agriculteurs de la région, lesquels ont d'ailleurs été le véritable fer de lance de la construction européenne. Période de réflexion aussi sur les coteaux et dans les caves, pour les viticulteurs comprenant, parfois un peu rudement, qu'à une période euphorique de l'envolée du prix du raisin pouvait succéder une période de déprime des ventes et des lendemains douloureux. Cette fois-ci, nous avons été ensemble pour nous adapter et trouver de nouvelles voies. Pour ce qui concerne les agriculteurs, ces nouvelles voies, il a fallu les chercher ailleurs que dans les modèles de masse qui avaient, quelques années auparavant, permis à la Champagne pouilleuse de devenir crayeuse, et triomphante !
Quant aux viticulteurs, la crise de 1992 leur a sans doute fait comprendre que les arbres pouvaient ne pas pousser jusqu'au ciel, et que leur avenir devait s'appuyer sur une interprofession sage, puissante et équilibrée, des entreprises bien structurées et un mouvement coopératif dynamique.

1995 - 2005 : Le développement durable

Ce fût et c'est encore aujourd'hui, en 2006,l'avènement du développement durable. Nous sommes en plein dedans. Il reste encore beaucoup à faire pour expliquer, informer, convaincre, faire comprendre qu'une contrainte du moment peut être un atout pour demain. Vision positive des choses, c'est une seconde nature chez nos collaborateurs.

Ces cinq périodes qui ont, en quelque sorte, donné cinq types de comportements successifs, sont aujourd'hui si bien entremêlées qu'à chaque instant, selon les situations, les personnalités de nos adhérents, nous avons le bonheur de rencontrer encore des pionniers, des entrepreneurs, des gestionnaires, des chercheurs de solutions.

Les pionniers, nous les accompagnons parfois dans les nouveaux pays : le Maroc, la Roumanie, l'Ukraine.

Les entrepreneurs, nous leur proposons de donner du sens à leur envie de créer, en passant du concept à la réalisation par la réflexion stratégique. Citons ainsi tout le travail réalisé autour du concept que nous animons sous le nom d'Easy Vatry, mais qui peut évidemment fonctionner bien au-delà de ce magnifique outil à effacer les distances qu'est Vatry.

Des gestionnaires, dans leurs entreprises, qu'ils appartiennent à notre "famille historique d'adhérents" que sont les agriculteurs et les viticulteurs, ou à ces plus de 2000 adhérents artisans, commerçants ou exerçant des métiers de services, et qui ont compris en nous rejoignant toute la puissance et l'originalité du conseil de gestion que CDER leur propose.

Des adhérents en réflexion, enfin, qui s'adaptent. Là encore, j'y vois tout ce que nous faisons individuellement ou en petits groupes en matière d'analyse stratégique, ou de réflexion sur la mécanisation. Avec quelque chose d'assez nouveau : une vraie réflexion dans tout ce qui touche à la dimension relationnelle.

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Parce que l'Histoire ne s'arrête jamais, je suis passé très rapidement de l'époque de notre création à aujourd'hui, et donc à demain.

Demain, c'est à dire dès maintenant, de nouveaux horizons s'ouvrent à nous, qui sont tous autant de nouveaux défis.
Pour les agriculteurs, ce sont les nouvelles voies de valorisation de leurs productions, pour lesquelles de nouvelles fumées vont bientôt s'élever sur nos plaines. Rassurons-nous : elles seront inoffensives et pacifiques ! Nous sommes déjà dans l'ère des biocarburants, de Cristanol, de l'E85, de la biomasse, de la co-génération d'énergie, de l'éolien, de la raffinerie du végétal, fédérés par cette grande ambition collective régionale qu'est le Pôle de compétitivité. Certes, il manque encore des phases juridiques, des reconnaissances politiques, quelques portes à pousser de la main, du pied ou des épaules. Cette phase d'accomplissement est en marche, et rien ni personne ne pourra durablement et légitimement s'y opposer. Particulièrement dans notre région, nous sommes tous prêts à mettre en oeuvre ces nouveaux moteurs de la croissance. Avec tous ceux qui proposent et qui osent, CDER s'engage à être encore et toujours en tête à côté de ses adhérents, dans ce vent d'espoir qui souffle à nouveau sur nos plaines.

Attention cependant ! Ces nouveaux débouchés sont une chance extraordinaire, ils redonnent espoir aux productions de masse, mais soyons attentifs à ne pas nous laisser griser ! En particulier, tout reste à prouver et à organiser sur la question de la valeur ajoutée à en retirer. Ces nouvelles utilisations des produits agricoles ne doivent pas masquer que très rapidement, avec 6,5 milliards d'êtres humains sur la planète et 200 000 âmes en plus par jour, le véritable défi demeure d'ordre alimentaire. Nous retrouvons là le débat désormais classique mêlant tout à la fois les OGM, les principes de précaution, la libéralisation des échanges, les oppositions géopolitiques, la disparition des terres cultivables sous la pression démographique etc.

Si la planète change, votre environnement immédiat aussi évolue, de façon parfois imperceptible et insidieuse. Vous connaissez la formule "penser globalement, agir localement !"
CDER a toujours cherché à anticiper ses évolutions, en proposant depuis bien longtemps des organisations structurelles adaptées de vos entreprises. Je pense en particulier aux sociétés de toutes sortes proposées par nos juristes, mais aussi à nos recommandations déjà anciennes, mais plutôt profitables , d'option à l'impôt sur les sociétés.

Nous avons également anticipé l'inéluctable interpénétration de l'économie agricole et de l'économie générale en étant présents dans les Chambres de Commerce et d'Industrie, proches des Chambres des métiers, intégrés aux différentes plates-formes d'initiatives locales et autres structures diverses qui préparent notre environnement à mieux répondre aux exigences de notre société difficile d'aujourd'hui.

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Pour la viticulture, notre attention porte sur l'évolution de la Champagne et de son économie. La Champagne a trouvé un équilibre, soutenu en particulier par une dimension plus internationale de ses marchés, qui joue et jouera de plus en plus un rôle d'amortisseur de crise. Mais le risque de surchauffe, de bouleversements, de renversement de tendances doit être en permanence dans les esprits.
L'économie champenoise et ses mécanismes de régulation deviennent un modèle unique. Pour cela, dans un monde qui fait peu de cas des particularités, il faut se battre pour faire admettre les spécificités régionales ayant pourtant fait leurs preuves.

Agriculteurs, viticulteurs, artisans, commerçants, ensemble nous allons entamer cette nouvelle période de 50 ans ! Ce beau mot de la langue française, ensemble, est en quelque sorte à géométrie variable chez CDER.

Il peut d'abord y avoir entre nous la plus petite dimension. C'est le "tête à tête" que vous connaissez bien et que vous appréciez, en toute confidentialité avec votre comptable, votre ingénieur-conseil ou votre juriste.
Il peut avoir une dimension plus large, en petits groupes que nous animons sur des thèmes précis. Ce sont les matinées du dirigeant, les groupes de commercialisation, les réunions 5/7, qui ont lieu dans nos agences en fin d'après-midi sur des sujets d'actualité ou sur des sujets de réflexion.
Enfin, ensemble cela peut être le plus grand nombre, lors des journées portes ouvertes dans les agences, en assemblées générales ou lors d'évènements exceptionnels comme ce soir, ou lors des soirées viticoles réunissant régulièrement entre 1 000 et 1 500 viticulteurs.
C'est cela aussi, CDER.

Notre cinquantième anniversaire sera marqué, hasard du calendrier, par notre reconnaissance en tant qu'association de comptabilité et de gestion, qui est le nouveau cadre légal défini par la réforme des professions comptables. Ce ne sera un bouleversement ni pour nous, ni pour vous. Cela fait déjà 50 ans que nous le sommes. Notre ambition n'en changera pas pour autant, celle d'être CDER, une association performante, adhérente au réseau national des centres d'économie rurale "CER France", capable de mettre en oeuvre efficacement les règles comptables dans le respect de la déontologie propre à cette profession.

Nous ferons tout pour réussir cette translation dans un statut légal nouveau, en accord avec nos partenaires dans le Centre de Gestion Agréé Viticole et Agricole de la Champagne, c'est à dire le Service Economique et Fiscal de la FDSEA ainsi que le bureau comptable du SGV, qui eux-mêmes, en parfaite harmonie, effectuent la même démarche dans un calendrier concerté entre nous. Voilà encore l'un des secrets de notre région : savoir additionner ses forces lorsque l'essentiel est en jeu, avec toute l'intelligence que nos dirigeants savent apporter à l'avenir de nos métiers de la terre.
Nous le ferons sans rien concéder de ce qui a fait le succès de CDER auprès de vous dans notre organisation associative qui se révèle, avec le temps, être plus moderne que jamais. Ces valeurs demeurent celles de nos débuts : respect de nos adhérents, indépendance du conseil, proximité et disponibilité de tous à votre service, dans une culture d'entreprise qui met "l'Homme", adhérents et salariés, au coeur de nos actions.

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Voilà très simplement ce que, au nom de votre conseil d'administration, il convenait de rappeler en cette soirée anniversaire. Je vous redis ma fierté d'être à la fois adhérent et président de CDER. Parmi vous se trouve la relève qui, après Philippe NEESER, Georges RUINART, Pierre MUSSY, ont compris que les professionnels assurent au mieux leur réussite en restant maîtres de leurs outils collectifs.

Je souhaite très sincèrement en votre nom remercier ceux qui, chacun à la place qui est la sienne chez CDER, oeuvrent à la réussite de nos adhérents, mes collègues du Conseil d'administration et, parce qu'il m'est impossible de citer tous nos collaborateurs, les membres de l'équipe de direction, Hubert CARTEL, Francis FAVERDIN et Eric FOLLIET, avec qui il est si agréable de travailler.

Au moment de conclure, il est de bon ton pour l'orateur de faire l'intelligent en rappelant une citation très savante - qu'il est la plupart du temps allé piqué la veille sur Internet-. Je n'y manque pas ! Mais notre philosophe chinois de service, ce soir, vous le connaissez : il s'agit de mon prédécesseur Pierre MUSSY. Je l'ai eu longuement au téléphone il y a quelques jours, il pense bien à nous en ce moment, et il m'a dit, avec la bonhomie un peu fataliste qu'on lui connaît : "Que veux-tu ? On a choisi les meilleures méthodes dès le départ et les meilleurs spécialistes pour les appliquer. Et on a continué ! Cela ne pouvait que marcher."

La voilà la conclusion toute simple : "Nous allons continuer pour les 50 ans qui s'ouvrent à nous, c'est l'engagement que nous prenons devant vous ce soir".

Bon anniversaire CDER !

Le Président
Pierre CHEVAL

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